Eli Zion nous apostrophe

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Eli Zion – de Saint-Pétersbourg à Jérusalem. Joachim Stutschewsky (1891-1982)  : Suite israélienne, Freilachs (Improvisation), Shir Yehudi (Mélodie juive) ; Lazare Saminsky (1882-1959)  : Danse Chassidique et Méditation (de la Suite Chassidique) ; Leo Zeitlin (1884-1930)  : Eli Zion ; Sinowi Feldman (1893-1942) : Poème ; Joseph Achron (1886-1943) : Fragment mystique ; Solomon Rosowsky (1878-1962)  : Rhapsodie (Récitatif et Danse Hassidique) ; Ernest Bloch (1880-1959)  : Méditation hébraïque, From Jewish Life. David Geringas, violoncelle ; Jascha Nemtsov, piano. 1 CD Hänssler CLASSIC / SWR CD 93. 122 2005. Enregistré du 5 au 7 avril 2004 au Kammermusikstudio de la SWR à Stuttgart. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 65’58

 

Voilà un disque dont le titre et le sous-titre « Eli Zion – de Saint-Pétersbourg à Jérusalem, Musique de la Nouvelle Ecole Juive » méritent d’être explicités. Eli, Zion sont les deux premiers mots de la lamentation du Cantique des Cantiques sur la destruction successive des deux temples de Jérusalem. De Saint-Pétersbourg à Jérusalem évoque le parcours tumultueux de la Nouvelle Ecole Juive fondée en 1908 sous la forme de la Société de Musique Populaire Juive, poursuivie jusqu’en 1931 dans des conditions impossibles à Moscou par la Société de Musique Juive, avant d’être définitivement brisée en 1938 lorsque l’Anschluss met un terme à Vienne à l’Association de Développement de la Musique Juive. Ces conditions terribles contraignirent nombre de ses membres à l’exil, notamment en Palestine. Aujourd’hui, le pianiste est l’ardent défenseur du souvenir de cette école qu’il défend par ses interprétations autant que par ses écrits. Avec le présent disque, il réalise le cinquième volume chez Hänssler Classic d’une édition remarquée – en tout cas dans les pays anglo-saxons – et qui paraît heureusement appelée à se poursuivre.

Quel était l’objectif de cette école ? – Rechercher ce qui constitue l’identité juive. Vaste sujet, y compris pour les intéressés, comme l’atteste l’évolution que subit ce projet au fur et à mesure du temps. En effet, la Société pétersbourgeoise visait initialement à promouvoir l’ensemble de l’apport des musiciens et compositeurs juifs. Elle abandonna cette dimension – que l’on qualifierait aujourd’hui de communautaire – pour se concentrer sur la défense des œuvres exprimant l’identité et la culture juive. La dimension politique était également présente. Nombre de promoteurs de cette école étaient des sionistes militant activement pour la fondation d’un Etat juif, et certains s’installèrent en Palestine tel (1878-1962) fuyant l’URSS dès 1925, ou (1891-1982) contraint à quitter l’Autriche en 1938. Ceci étant, cette ambition politique n’était pas partagée par tous. Ainsi un compositeur éminent tel que (1880-1959), disait ne rechercher qu’à exprimer l’âme juive, celle « complexe », « agitée », « qui parcourt la Bible », en écrivant de la « musique bonne et sincère ». A cette fin, il utilise comme les autres membres de cette école les techniques caractéristiques du folklore yiddish, avec une plus grande liberté par rapport aux mélodies traditionnelles.

La liberté – toute de respect – que Bloch manifeste par rapport à la tradition donne les plus beaux résultats de ce disque avec From Jewish Life (1924) et surtout la Méditation Hébraïque dédiée à Pablo Casals (1925), d’une sincérité inspirée. Les pièces directement issues de pièces populaires en conservent l’essence immémoriale, parfois gaie, comme la Danse de la Suite chassidique de (1882-1959) ou plus souvent mélancolique tels Eli Zion, de (1884-1930), ou la Méditation extraite de la Suite chassidique. Le Poème de (1893-1942), enregistré en première mondiale, le Fragment Mystique de (1886-1943) se rattachent à ce groupe d’œuvres sensibles qui tirent leur force de mélodies traditionnelles. Le cas de est particulier, en ce qu’il compte parmi les compositeurs importants de la Nouvelle Ecole Juive – il fonda le Quatuor de Vienne qui créa nombre d’œuvres de la Seconde Ecole de Vienne de Schönberg – mais pas parmi les plus passionnants. On en a l’illustration avec la Suite Israélienne composée en Palestine en 1942, qui vise à unifier dans une seule œuvre des éléments issus des musiques juives ashkénaze, sépharade et yéménite. On voit d’emblée la dimension extra-musicale d’un tel projet, particulièrement à cette époque et dans cette région. Cette Suite, proposée en première mondiale, intéressera les mélomanes curieux d’Histoire, les autres pourront trouver que la motivation politique prend le pas sur l’inspiration, par exemple dans une Danse Sépharade sèche et martelée. Les interprètes défendent la cause de cette école oubliée avec conviction, dans un jeu contrôlé et vibrant. sait accompagner le violoncelliste avec humilité lorsque la partition l’exige, fait chanter son instrument avec chaleur, expressivité et sans pathos, ce qui est essentiel dans ce répertoire. Un mouvement musical à découvrir et une entreprise discographique à suivre.

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