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Iphigénie en Tauride au Théâtre de Caen, noir, c’est noir…

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Caen. Théâtre de Caen. 18-XII-2005. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, tragédie lyrique en 4 actes sur un livret de Nicolas François Guillard. Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos ; lumières : Patrice Trottier. Avec : Alketa Cela, Iphigénie ; Kevin Greenlaw, Oreste ; Xavier Mas, Pylade ; Franck Ferrari, Thoas ; Hiromi Omura, Diane ; Valérie Debize, une femme grecque ; Laure Baert, Prêtresse 1 ; Julie Stancer, Prêtresse 2 ; Christophe Gay, un Scythe ; Pascal Desaux, le ministre de Thoas. Chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre de Caen, direction : François-Xavier Roth.

Après s’être rodée à l’Opéra de Nancy, co-producteur du spectacle, cette Iphigénie en Tauride arrive au Théâtre de Caen précédée de commentaires flatteurs. Son maître d’œuvre a opté pour la plus commode des solutions, lorsqu’il s’agit de ressusciter l’Antiquité grecque ou romaine : le dépouillement scénique. a en effet bâti un espace d’une noirceur uniforme (si l’on excepte le carré rouge qui figure l’autel sacrificiel), qu’un habile dispositif de panneaux mobiles permet de moduler à volonté, pour représenter ce lieu qu’il décrit comme une « île de la mort, régie par l’oppression, la rigueur qui va jusqu’à l’étouffement », et qu’il rapproche des dictatures contemporaines. Dans ce cadre, il signe un spectacle d’un sobre classicisme, volontairement intemporel. Cette option ne peut fonctionner qu’avec l’appui d’une direction d’acteurs précise et inspirée. Bénéficiant de l’implication scénique des jeunes chanteurs, y parvient le plus souvent, mais le spectacle souffre toutefois de quelques chutes de tension, pendant lesquelles les artistes semblent soudain livrés à eux-mêmes et se réfugient dans des poses conventionnelles.

s’était révélée, un soir de décembre 2002 à Nancy, avec une merveilleuse Mimi, d’une beauté vocale et scénique exceptionnelle. Depuis, les choix de la jeune soprano franco-albanaise nous ont souvent déconcertés et parfois déçu. Le rôle d’Iphigénie lui pose peu de problèmes vocaux, et elle y déploie des qualités précieuses : un physique idéal, un timbre pulpeux et séduisant, une réelle adéquation stylistique. Son engagement scénique force l’admiration et sa prêtresse passionnée exerce sur nous un véritable pouvoir de fascination. Sur le plan vocal, elle souffre essentiellement d’une diction le plus souvent incompréhensible, mais offre d’authentiques instants d’émotion et de beauté, et enlève avec vista les lauriers de la soirée.

Annoncé convalescent, n’est pas en mesure de rendre pleinement justice au rôle de Pylade, mais assure vaillamment sa partie et laisse deviner des qualités de timbre et de ligne qui font déjà de lui plus qu’un espoir. Nous souhaitons avoir très prochainement l’occasion de l’entendre dans de meilleures circonstances. L’Oreste de appelle peu de réserves du point de vue vocal, avec un timbre homogène et une émission saine, mais ce chant en apparence irréprochable ne paraît jamais habité et l’interprète traverse le drame avec une redoutable indifférence. , enfin, campe un Thoas seulement solide, avec toutefois la meilleure diction du plateau, tandis qu’à l’exception notable de , les seconds rôles ne nous font pas regretter la brièveté de leurs interventions.

De l’avis de tous les commentateurs, le point faible des représentations nancéiennes tenait à la prestation orchestrale sous la direction de . Le cap à l’ouest n’a pas forcément arrangé les choses sur ce plan. La lecture du jeune chef nous semble en effet plus tonitruante que véritablement dynamique, n’évite pas quelques décalages et imprécisions dans les attaques, et impose une pâte sonore assez épaisse qui nous renvoie à un temps révolu. L’orchestration gluckienne aurait sans doute mérité d’être servie avec davantage d’alacrité et moins d’emphase. Les tempi parfois frénétiques mettent de plus en difficulté les chœurs de l’Opéra de Nancy, qui livrent par ailleurs une prestation honorable.

De cette représentation, nous garderons avant tout le souvenir d’une belle et ardente Iphigénie, puis celui d’une production parfois inaboutie, mais toujours lisible, cohérente dans ses partis et soulignant à juste titre la modernité de la dramaturgie gluckienne.

Crédit photographique : © Ville de Nancy

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Caen. Théâtre de Caen. 18-XII-2005. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, tragédie lyrique en 4 actes sur un livret de Nicolas François Guillard. Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos ; lumières : Patrice Trottier. Avec : Alketa Cela, Iphigénie ; Kevin Greenlaw, Oreste ; Xavier Mas, Pylade ; Franck Ferrari, Thoas ; Hiromi Omura, Diane ; Valérie Debize, une femme grecque ; Laure Baert, Prêtresse 1 ; Julie Stancer, Prêtresse 2 ; Christophe Gay, un Scythe ; Pascal Desaux, le ministre de Thoas. Chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre de Caen, direction : François-Xavier Roth.

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