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L’harmonie des nations à la Folle Journée de Nantes

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La Folle Journée du 25 au 29 janvier 2006

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, chaque année, fin janvier, dés 9 heures, une foule compacte se presse aux portes du Palais des congrès de Nantes. Toutes ses salles transformées en auditoriums sont prises d’assaut. Pendant cinq jours, les concerts d’une durée maximale d’une heure se succèdent tout au long de la journée dans une même générosité. Le hall bourdonne de rencontres, d’échanges et de bonheur musical. Ce Woodstock classique créé par René Martin et soutenu par le député-maire Jean-Marc Ayrault et les collectivités locales et territoriales en est à sa douzième édition.

René Martin qui ne comprenait pas pourquoi l’on ne pouvait pas rassembler autant de jeunes et de public populaire à un concert classique qu’à un concert rock a réussi un pari qui semblait impossible avant « La Folle Journée ». Cela tient à une programmation thématique intelligente et toujours renouvelée, à une désacralisation de la musique classique et au choix d’artistes remarquables, tous heureux d’aller à une rencontre plus intime de leur public et de lui offrir le meilleur de la musique. Les musiciens, unanimes, reconnaissent avoir affaire à un public qu’ils ne rencontrent pas habituellement, avec une qualité d’écoute inattendue et exceptionnelle. Ici, pas de chichis ni de modes, pas de snobisme ni de mondanités comme dans certains grands théâtres parisiens. Le bonheur de la musique pour tous. Et, cerise sur le gâteau, à des tarifs défiant toute concurrence. Aujourd’hui, « La Folle Journée » s’exporte à Bilbao, Lisbonne et Tokyo. Depuis 2003, ce marathon musical s’est décentralisé en région Pays de Loire.

Cette année, on dénombrait plus de 250 concerts pour 110. 000 places délivrées alors qu’en 1995 pour sa première édition, on était à 34 concerts pour 18. 238 places vendues.

Dans un grand quotidien national du soir, un esprit chagrin s’est lancé dans une attaque pour le moins injustifiée accusant presque René Martin de mercantilisme et de dictature musicale dans l’hexagone. Toute entreprise de cette envergure a forcément un aspect commercial. Mais, on y fait commerce -dans le sens noble- de musique, en offrant au public une fête unique au monde. Et toute la ville de Nantes se pare aux couleurs de la « Folle Journée » pour célébrer à la musique. Ce commerce là en vaut la peine.

Rappelons aussi qu’en ces temps difficiles pour les intermittents et les artistes, où il faut souvent se battre pour trouver un engagement, René Martin donne sa confiance à des musiciens de qualité qui sont toujours heureux de travailler avec quelqu’un qui les respecte et ne leur fait pas le chantage au cachet et à l’engagement. Et quand bien même, les cachets seraient discutés! Il n’existe pas, et ce depuis toujours, d’organisateur de concert digne de ce nom qui ne négocie pas les cachets des artistes. En huit jours, 1800 musiciens ont travaillé!

Et combien de jeunes découverts grâce à la sensibilité de cet organisateur de concerts hors pair, toujours à la recherche de talents nouveaux, d’auteurs et d’œuvres inconnues ou inédites. En explorateur passionné de la musique, et en médiateur qui sait prendre en compte le regard du public avant celui du spécialiste, il ne veut qu’une chose offrir le meilleur de la musique par les meilleurs interprètes.

Ajoutons enfin cette fidélité réciproque qui unit les artistes et René Martin. Une fidélité jamais démentie au fil du temps et dans tous les festivals qu’il anime.

Il ne faut pas oublier également que son action musicale touche aussi le monde carcéral et hospitalier ainsi que les quartiers défavorisés de Nantes. Et, il y a les scolaires qui envahissent avec bonheur et respect le grand auditorium du palais des Congrès tout un vendredi. Il faut voir leur ferveur, leurs yeux brillants de bonheur et leurs professeurs heureux. On peut entendre une mouche voler pendant le concert. De plus, auparavant et pendant plusieurs semaines, des spectacles d’initiation ont d’ailleurs lieu dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les enfants et les jeunes au plaisir musical et au thème de l’année.

Pour cette édition, 1. 800 musiciens sont venus faire vibrer les splendeurs de l’Europe baroque de 1650 à 1750 (année de la mort de Bach), une période où s’affirment les grandes écoles de musique. Hommes et œuvres circulent alors librement à travers le continent et des contacts étroits se nouent entre les compositeurs des provinces européennes. Ce tour de l’identité musicale européenne, prestigieuse, foisonnante et protéiforme, célèbre Rameau et Couperin pour la France, Bach et Téléman pour l’Allemagne, Purcell et Haendel pour l’Angleterre, Scarlatti et Vivaldi pour l’Italie, Soler et Nebra pour l’Espagne, Seixas et Almeida pour le Portugal.

Le bonheur musical aura été intense et la qualité au rendez-vous comme de coutûme. A la tête de l’excellent , a dirigé avec un respect du texte, un sens des nuances et une clarté remarquables un Didon et Enée sublimé par les soprano et Nuria Rial, le baryton et le .

et son ont mis le public en état de grâce avec un émouvant et intense Dixit Dominus de Haendel.

Sous la direction de Peter Neumann à la tête du Collegium Cartusianum et du Kolner Kammerchor, la soprano allemande Simone Kermès a ébloui et bouleversé le public avec la cantate de Bach « Ich hatte viel Bekümmernis » BWW 21. Elle a récidivé avec les mêmes pour l’oratorio de HaendelSaül HWV 53, en chantant le personnage de Merab. Un moment grandiose d’émotion et de force dramatique. La distribution était d’une grande homogénéité musicale avec la soprano coréenne Myung-Hee Hyun (Michal), le ténor (Grand Prêtre, Sorcière, un Amalécite), James Oxley (Jonathan), les basses Harry Van der Kamp (Saül) et Torben Jürgens (Samuel, Dœg).

Accompagné par l’excellent et fin Kenneth Weiss au clavecin, le grandissime contre-ténor James Bowman, voix subtile et lumineuse, avec une intelligence du texte sans pareille, a offert un délicieux et envoûtant récital Purcell avec « Sweeter than roses », Fairest Isle », « If music be the food of love », « O solitude » ainsi que « Tacero, pur che fedele » et « Ho fuggito amore » de Haendel.

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