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Il Re Pastore à la Monnaie, un petit bijou de divertissement

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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie. 02-II-2006. Wolfgang Amadeus Mozart : (1756-1791) : Il Re Pastore, dramma per musica en 2 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène et décors : Vincent Boussard ; costumes : Christian Lacroix ; lumières : Alain Poisson ; reprise de la mise en scène : Sybille Wilson. Avec : Bruce Ford, Alessandro ; Annette Dasch, Aminta ; Silvia Colombini, Elisa ; Raffaella Milanesi, Tamiri ; Juan José Lopera, Agenore. Orchestre symphonique de la Monnaie. Direction musicale : Enrique Mazzola.

A la Monnaie, l’anniversaire Mozart, ce sont deux productions mises en scène par le même homme,  : Cosi Fan Tutte, qui est une nouveauté, et Il Re Pastore, reprise de 2003.

Il Re Pastore est une sérénade dramatique, sorte d’oratorio profane, non destinée au départ à être mise en scène, composée pour la visite de l’archiduc Maximilien-François à Salzbourg en 1775. Le livret de Metastase comportait trois actes et a été mis en musique une vingtaine de fois avant Mozart, qui compose sa version sur un livret raccourci à deux actes. Il raconte les péripéties d’Aminta, fiancé d’Elisa et pauvre berger qui ignore qu’il est en réalité le fils du défunt roi de Sidon. Alexandre le Grand qui a appris son identité véritable, débarque chez lui après la conquête de Sidon avec de grands projets : lui rendre son trône et lui faire épouser Tamiri une princesse qui aime en réalité Agenore, le serviteur d’Alexandre. Tout ce petit monde est évidemment très malheureux des choix d’Alexandre, et Aminta déclare préférer renoncer au trône qu’à sa chère Elisa. Le Conquérant finira par ouvrir les yeux et, en bon despote éclairé, acceptera qu’Aminta épouse Elisa, et donnera un royaume à Agenore afin qu’il soit digne d’épouser Tamiri. Sur cet argument très représentatif des préoccupations de cette période : la raison d’état confrontée aux aspirations individuelles, le jeune Mozart compose une partition gracieuse et galante, qui n’a pas encore la profondeur de ses œuvres de maturité, mais qui contient quelques airs inspirés et élégants, ceux d’Aminta surtout, parmi lesquels un très beau rondeau avec violon obligé, et ceux de Tamiri également, un personnage à peine esquissé dans le livret, mais auquel Mozart donne une vraie épaisseur musicale dans ses deux airs.

La mise en scène de est une grande réussite car le profond respect qui l’a animé face à cette œuvre fragile est palpable. Nous avions déjà précédemment souligné les mérites du metteur en scène dans il Matrimonio segreto, notamment son talent à faire bouger les acteurs. Ici encore, il réussit à animer son plateau avec trois fois rien : un tricorne, une échelle, un foulard, … et fait vivre les récitatifs avec bonheur (exercice difficile car ils sont forts longs et généralement peu animés), dans un décor dépouillé à l’extrême, mais enrichi de manière très pertinente par de belles lumières.

Musicalement aussi, la soirée est de bon niveau, avec une distribution intéressante et une direction vive et joyeuse. Dans le rôle principal, est une actrice convaincante et racée, mais son chant est plus discutable. Le timbre est somptueux, avec un médium riche et lustré, mais les aigus sont troubles, la vocalisation inégale, et les problèmes de justesse dans « L’amero, Saro costante », le rondeau avec violon, sont criants. Sa fiancée est interprétée par la soprano Silvia Colombini : un timbre lumineux, des aigus assez stridents, et qui ornemente d’une façon très artificielle, comme si c’était une corvée, la ligne de chant étant brisée à des endroits absolument inexplicables. Finalement, la plus satisfaisante parmi les dames est Rafaella Milanesi, soprano au timbre sombre et magnifiquement corsé, dont on regrettera les aigus assez sourds, mais qui est la seule à sembler chanter un rôle plutôt qu’une partition, et dont la virtuosité n’est pas gratuite, mais nécessaire et évocatrice. Chez les hommes, deux beaux ténors : Bruce Ford, Alexandre aux accents impérieux et fiers, au timbre cuivré et éclatant, à l’expression noble, et à la justesse impeccable. Son seul défautest une émission assez engorgée. L’acteur ne brûle pas les planches, mais sa légère raideur scénique convient très bien à un personnage qui n’a guère de profondeur. Le second ténor est Juan José Lopera, un espagnol, ce qui s’entend dans les récitatifs qu’il a déclame dans une langue assez rugueuse. Il rencontre quelques problèmes dans son premier air, « Per me rispondete » qu’il a du mal à alléger, mais le second, « Sol puo dire come si trova » est splendide : énergique, souple et excellemment projeté. Dans la fosse, le sémillant donne une lecture théâtrale et enjouée de la partition, il dirige en amoureux des voix, aux petits soins pour ses chanteurs, mais néglige un peu trop de tenir fermement son orchestre, qui ne brille pas par ses couleurs, assez ternes, et qui commet de nombreuses fautes d’inattention.

Au final, une très agréable soirée, qui passe à toute vitesse, et l’espoir que Vincent Boussard se sera montré aussi inspiré dans Cosi Fan Tutte que dans ce très joli Re Pastore.

Crédit photographique : Johan Jacobs

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Bruxelles. Théâtre Royal de la Monnaie. 02-II-2006. Wolfgang Amadeus Mozart : (1756-1791) : Il Re Pastore, dramma per musica en 2 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Mise en scène et décors : Vincent Boussard ; costumes : Christian Lacroix ; lumières : Alain Poisson ; reprise de la mise en scène : Sybille Wilson. Avec : Bruce Ford, Alessandro ; Annette Dasch, Aminta ; Silvia Colombini, Elisa ; Raffaella Milanesi, Tamiri ; Juan José Lopera, Agenore. Orchestre symphonique de la Monnaie. Direction musicale : Enrique Mazzola.

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