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Suspense, piano et électroacoustique

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Orléans. Finale du Concours international de piano d’Orléans du 30 au 7 Février. Carré Saint Vincent 7-II-2006. Paul Hindemith (1895-1963) : Quatuor pour violon, clarinette, violoncelle et piano. Pierre Jodlowski (né en 1971) : Série noire (thriller). Marina Chiche, violon ; Florent Héau, clarinette ; Jérôme Pernod, violoncelle. Ermis Théodorakis (Grèce) ; Prodomos Symeonis (Grèce) ; Wilhem Latchouma (France), Andrei Soudelski (Russie), piano.

Finale du Concours international de piano XXe siècle

Fondé en 1994 par , éminente pianiste et pédagogue, le Concours international de piano XXème siècle qui a lieu tous les deux ans à Orléans, accueillait, pour sa septième édition, du 30 Janvier au 7 Février 2006, trente candidats de quinze pays différents et un jury international comptant sept personnalités présidé, cette année, par la compositrice, pianiste et chef d’orchestre argentine Alicia Terzian. Devenu un rendez-vous privilégié pour les interprètes ancrés dans leur époque et férus de nouveauté, le concours assure aux lauréats un suivi professionnel par le biais de Master-class et concerts en Région Centre, d’un enregistrement sur CD et DVD et d’un concert de prestige à Orléans et à la Salle Cortot à Paris durant l’année suivant la récompense. Rappelons également que la ville d’Orléans et ses partenaires financiers organisent, en alternance avec cette manifestation, le concours national « brin d’herbe » réservé aux tout jeunes pianistes, de huit à dix-huit ans.

Retenus après les deux premières épreuves de récital où toutes les œuvres interprétées devaient être postérieures à 1900, quatre candidats restaient en liste, ce mardi 7 Février sur la scène du Carré Saint Vincent, encouragés par un public fervent venu nombreux pour soutenir jusqu’au bout les brillants finalistes : deux pianistes grecs, un russe et un français dont on ne saura ni l’âge ni le parcours en l’absence de biographie sur le catalogue du concours. Pas de finale concertante pour cette dernière épreuve – seul le premier prix pourra jouer avec l’orchestre lors du concert « de prestige » – mais une œuvre de musique de chambre imposée – pour lors le quatuor pour violon, violoncelle, clarinette et piano (1938) de – associant aux candidats trois jeunes collègues, brillants et sympathiques, Marina Chiche, et Jérôme Pernod dont le talent et l’enthousiasme ne pouvaient que galvaniser les quatre pianistes. Ce n’est d’ailleurs pas le piano qui brille dans l’écriture d’Hindemith et la tâche de l’interprète au clavier est de trouver sa place et sa couleur à part égale avec les autres partenaires. Si Ermis Théodorakis et Andrei Soudelski ne parvinrent pas à instaurer cet équilibre à quatre, le pianiste grec et le français Wihlem Latchoumia étaient en synergie parfaite avec le groupe pour valoriser l’écriture polyphonique et faire circuler la mélodie de timbres.

Après les trois mouvements du quatuor, le pianiste, seul à son clavier, avait à répondre à une source électroacoustique dans la deuxième œuvre imposée qui était jouée en création mondiale par les candidats. C’est à , jeune compositeur toulousain, de 34 ans qu’avait été commandée l’œuvre pour piano et dispositif électronique Série noire (Thriller) qui venait clôturer cette manifestation. La pièce, nous dit le compositeur, « est véritablement conçue comme un film de musiques où des personnages appartenant à des films différents se répondent, entretiennent des rapports croisés ». L’écriture pianistique vient réagir, amplifier, contrepointer le monde sonore environnant avec tour à tour de l’humour, de la poésie, de l’à propos et un sens évident de la dramaturgie. Ce ne sont pas les qualités habituelles du virtuose qui sont requises ici – même si l’écriture en est spectaculaire! – mais davantage l’investissement total et physique de l’interprète pris dans le feu de l’action de ce spectacle auriculaire et « mis en danger » par la situation dramaturgique. Si Andrei Soudelski, le candidat russe ne « l’entendit pas de cette oreille » et passa totalement à côté du challenge fixé par le compositeur, les trois autres pianistes furent d’excellents « acteurs » dans ce « thriller » déjanté mais c’est sans conteste qui en fut la vedette avec une énergie, un sens de la répartie et une digitalité prodigieuse qui séduit le public mais aussi le jury. Après le jeune Luxembourgeois , lauréat 2004, c’est donc Wihlem Latchoumia, le premier français en date, qui remporte le premier prix – mention spéciale Blanche Selva (10 000 euros) ainsi que le prix Sacem – meilleure interprétation de l’œuvre contemporaine (4 600 euros) et, parmi d’autres encore, le prix des étudiants de l’ENM d’Orléans puisque le jury officiel était doublé, pour cette soirée seulement, d’un jury d’étudiants présidé par Madame Alicia Terzian. Sans procéder à un classement véritable – la solution adoptée par Françoise Tinat est tellement plus conviviale! – le jury récompensa ensuite, par ordre d’importance, le pianiste grec Propomos Symeonidis, son compatriote Ermis Théodorakis et le candidat russe Andrei Soudelski. Différents prix – parmi les treize offerts dans le concours – financés par des fondations, associations ou mécènes privés – furent également remis à d’autres candidats, non retenus pour la finale : Bref, une ambiance festive et détendue pour clore ce concours qui, comme le souhaite sa présidente , doit être aussi un festival des musiques d’aujourd’hui.

Pour l’ensemble du palmarès, www.oci-piano.com

Crédit photographique : © DR

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