Plus de détails

Namur, Eglise Saint Loup. 14-III-2006. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Der Messias, transcription de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) KV 572. Olga Pasichnyk, soprano ; Britta Schwarz, alto ; Johannes Klüser, ténor ; Tom Sol, baryton. Chœur de Chambre de Namur, Ensemble Les Agrémens, direction : Guy Van Waas.

Le Messie arrangé par Mozart

Il est toujours réjouissant de voir un lieu de concert bien rempli, même si cela se fait un peu au détriment du confort, et pour cette soirée consacrée au Messias, l’Eglise Saint Loup était bondée, le public répondant comme à son habitude présent à l’appel de la Société Philharmonique. Les forces namuroises ont voulu ce soir faire d’une pierre deux coups et rendre hommage aux deux compositeurs en même temps en programmant le Messie de Haendel dans la version orchestrée par Mozart. Malgré notre admiration pour Mozart, nous nous étions toujours tenu éloigné de ses arrangements d’œuvres de Haendel, et c’est donc la curiosité d’entendre enfin ce que le divin Wolfgang avait pu faire du Sacred oratorio du Caro Sassone, qui nous a poussé ce soir à Namur. Le résultat est malheureusement tout sauf enthousiasmant, les interventions de Mozart provoquant l’alanguissement des tempi, le gommage des articulations, et l’affadissement orchestral. Le texte est traduit en allemand (on s’y fait vite), et la couleur instrumentale est assombrie, ce qui n’est pas dérangeant, mais l’ajout de parties de clarinettes, l’utilisation trop constante des cors et le doublement fréquent de la ligne vocale par la flûte produisent essentiellement de la mièvrerie joliment salonnarde et calculée, là où Haendel est brûlant de ferveur naïve. Les solos instrumentaux ajoutés tombent à plat, le comble étant atteint par l’air « The trumpet shall sound-Sie schall, die Posaun » accompagné… au cor ! Tout n’est pas raté, et on peut même prendre un plaisir un peu coupable à l’effet induit par le renforcement des cuivres dans les grands chœurs, mais trop souvent, ce Messias ressemble à la Symphonie n°40. Et quand on entend à la pause des spectateurs regretter qu’on ne joue pas au moins un numéro dans chacune des deux versions pour pouvoir entendre la différence, on se retient de leur dire que dans ce cas, le public réclamerait sans doute le retour immédiat à la version originale.

L’exécution de cette œuvre hybride est de bonne qualité : le est ductile et précis, et ses timbres sont comme d’habitude frais et éclatants, alors que l’orchestre est en pleine forme, discipliné et commettant très peu de fautes. Le quatuor de chanteurs est assez décevant, car si est radieuse et prodigue en aigus ravissants, les autres solistes sont inexpressifs (Britta Schwarz), mugissant (Tom Sol), ou ont un timbre rugueux (Johannes Klüser). Le chef semble croire en cette œuvre, il tente d’y mettre fougue et passion, mais le résultat reste malgré ses efforts assez quelconque.

Ne jetons pas la pierre à Mozart pour cet ennuyeux arrangement du Messie, l’oratorio n’a jamais été son univers de prédilection (encore qu’une Betulia Liberata aurait sûrement été beaucoup plus instructive sur son art), et ce travail alimentaire lui a certainement permis de payer quelques créanciers impatients, mais quand le commanditaire de ce travail, Van Swieten le félicite dans une lettre d’avoir « habill(é) Haendel avec tant de solennité et tant de goût, de sorte qu’il en arrive d’une part, à plaire aussi aux esclaves de la mode, et que de l’autre, il se montre toujours, malgré tout, dans sa noblesse première, … », on se dit que les objectifs de cette réorchestration étaient trop contradictoires et que le résultat n’est plus acceptable pour nos oreilles, qui ont la possibilité d’entendre le « vrai » Messie de Haendel. Terminons par un souhait : qu’on laisse cette chimère dormir au moins jusqu’au prochain anniversaire de Wolfgang en 2041, car elle ne sert ni Mozart ni Haendel.

Le concert était dédié à Allen James, professeur de clavecin au Conservatoire de Mons, organiste de la Chapelle protestante de Bruxelles, décédé la nuit précédente.

Crédit photographique : © DR

Plus de détails

Namur, Eglise Saint Loup. 14-III-2006. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Der Messias, transcription de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) KV 572. Olga Pasichnyk, soprano ; Britta Schwarz, alto ; Johannes Klüser, ténor ; Tom Sol, baryton. Chœur de Chambre de Namur, Ensemble Les Agrémens, direction : Guy Van Waas.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.