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Beethoven par Skrowaczewski, hommage à la France révolutionnaire

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°2 en ré majeur op. 36 et n°3 en mi bémol majeur op. 55 « Eroïca ». Saarbrücken Rundfunksinfonieorchester, direction : Stanislaw Skrowaczewski. 2 CDs Œhms Classics, référence : OC 522. Enregistrement au Grand studio de la Radio Sarroise du 01 au 03 juin 2005 (symph. n°2) et en public à la Kongresshalle de Saarbrücken les 15 et 16 janvier 2005 (symph. n°3). Notice en anglais et allemand. Durée : 32’40 et 49’32.

 

Hommage à la France révolutionnaireDiscographiquement, le quart Sud-ouest de l’Allemagne a le vent en poupe, de passionnants projets s’y succédant de manière régulière. A Cologne, les deux orchestres de la ville rivalisent dans des intégrales Chostakovitch de haute tenue, à Stuttgart Roger Norrington poursuit ses expérimentations à la tête de l’orchestre local de la SWR, alors qu’à Baden Baden et Fribourg, Hänssler permet à Michael Gielen d’enregistrer son répertoire et de le voir enfin édité de manière régulière. A Sarrebruck enfin, , autre grande figure de la direction européenne, enregistre pour Œhms des disques qui témoignent de sa grandeur.

La carrière de ce chef débute en Pologne, où il dirige plusieurs des principaux orchestres du pays, avant sa victoire en 1956 au Concours international de direction de Rome. Il est ensuite invité par George Szell à faire ses débuts aux Etats-Unis avec le Cleveland Orchestra, prend la tête de l’Orchestre du Minnesota (1960-1979), puis celle du vénérable Hallé Orchestra de Manchester (1984-1991). Il est l’invité régulier d’un grand nombre de phalanges prestigieuses en Europe, en Amérique et en Asie, et est actuellement chef invité principal de l’Orchestre de la Radio Sarroise que nous retrouvons sur ce disque. Boudé par les grands éditeurs, Skrowaczewski a eu une discographie assez maigre, quelques disques pour Collins, Mercury et Vox, avant qu’Œhms Classics lui accorde un tardif coup de projecteur en enregistrant ses symphonies de Bruckner à Sarrebruck, une somme stupéfiante de maîtrise, une intégrale lyrique, naturelle et passionnée qui l’a fait entrer au panthéon des grands brucknériens de l’histoire du disque, Jochum, Wand, Tintner, Harnoncourt, Böhm, …

A plus de quatre-vingts ans, voici maintenant notre chef qui s’attaque à un nouveau massif symphonique, plus fréquenté encore que celui de Bruckner, passage presque obligé pour tous les grands chefs, l’enregistrement intégral des symphonies de Beethoven.

La série commence par les symphonies n°2 et 3, et impose d’emblée un Beethoven ardent et ambitieux, aux tempi rapides et à la santé juvénile.

Dès ses deux premiers accords, assénés à toute vitesse, la Symphonie Héroïque surprend par sa vivacité, sa sauvagerie et son enthousiasme. En écoutant cette interprétation, on mesure à quel point le contexte historique a été important dans l’élaboration de cette œuvre, car on y entend, par le rythme et par les accents guerriers imprimés à son exécution, un écho révolutionnaire qui semble être celui des campagnes italiennes de Bonaparte. Ces accents martiaux se remarquent à plusieurs endroits stratégiques : dans le virevoltant début de la symphonie, dans le scherzo, dont les cors semblent ceux d’un bataillon de voltigeurs partant à l’assaut, et dans l’allegro molto final, batailleur et énergique, éclairé par des solos de bois tranchants comme des épées. Allure martiale ne veut pas pour autant dire qu’on écoute de la musique militaire, et le mouvement lent en fait la plus éclatante démonstration : d’une intense poésie, d’allure légère, il s’assombrit très progressivement et évite toute surcharge expressive. Finalement, le seul reproche à faire à cette Eroïca de concert pourrait être une petite baisse de tension dans le développement du premier mouvement, qui manque parfois un peu de poids et d’investissement.

La symphonie n°2 est un enregistrement de studio postérieur de quelques mois à ce concert. Fidèle à ses principes, Skrowaczewski l’aborde avec joie et vigueur dans un premier mouvement à l’aspect un peu martelé, mais à l’énergie communicative. Le larghetto est une belle illustration d’un Beethoven actif, qui avance droit et sans traîner, mais qui sait respirer et qui chante avec un lyrisme serein. Joie de jouer enfin pour les deux derniers mouvements, taquin dans le scherzo, virtuose et impétueux dans un finale savoureux et robuste.

L’Orchestre de la Radio Sarroise est une excellente phalange, qui réagit avec homogénéité et brio aux injonctions du chef. Les bois sont ardents, et les cors, très sollicités par le chef, font des merveilles. Les cordes seules font moins belle figure : très disciplinées, admirables de cohésion, mais à la sonorité assez âcre et manquant de luminosité.

En conclusion, un excellent début, pas parfait mais très enthousiasmant et profondément original, pour cette intégrale Skrowaczewski, qui se poursuivra dans quelques semaines par la sortie de la symphonie n°9.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°2 en ré majeur op. 36 et n°3 en mi bémol majeur op. 55 « Eroïca ». Saarbrücken Rundfunksinfonieorchester, direction : Stanislaw Skrowaczewski. 2 CDs Œhms Classics, référence : OC 522. Enregistrement au Grand studio de la Radio Sarroise du 01 au 03 juin 2005 (symph. n°2) et en public à la Kongresshalle de Saarbrücken les 15 et 16 janvier 2005 (symph. n°3). Notice en anglais et allemand. Durée : 32’40 et 49’32.

 
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