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Helmut Lachenmann, le passé a-t-il un présent ?

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 22-III-2006. Helmut Lachenmann (né en 1936) : Schreiben, Tanzsuite mit Deutschlandlied ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Chronochromie. Quatuor Danel ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau und Freiburg, direction : Sylvain Cambreling.

Festival Ars Musica

Le festival Ars Musica 2006 célèbre Peter Eötvös et Matthias Pintscher, mais c’est au récent septuagénaire que rend hommage cette soirée présidée par l’un de ses plus fidèles serviteurs : le chef d’orchestre à la tête de son Orchestre Radio-symphonique de Baden-Baden et Freiburg. Le compositeur allemand est assurément une personnalité originale de la création contemporaine mais il reste passablement controversé. Cet artiste à l’œuvre assez vaste, souhaite réaliser une sorte de synthèse entre les musiques instrumentales et électroacoustiques, il parle d’ailleurs lui-même de « musique concrète instrumentale ». Son univers sonore associe les sons et les bruits qu’il expérimente autant pour instruments seuls que pour grand orchestre. Cependant, incapable de renouveler son langage, ce compositeur s’enfonce péniblement dans ses contradictions intellectualistes.

Les deux pièces proposées ce soir illustrent bien ce malaise. Composée pour quatuor à cordes, grand orchestre et dispositif électronique Tanzsuite mit Deutschlandlied (1979-1980) fascine un temps. Les raclements des archets sur les cordes, les félines percussions et les souffles des cuivres attirent l’oreille. Ce monde sonore en mouvement est assez inattendu, mais très vite l’absence de forme d’ensemble, la multiplication des parties (au nombre de dix-sept) font perdre le fil conducteur. L’excellent , l’orchestre de la SWR et son chef ont beau être déchaînés, les quarante minutes de la partition apparaissent bien longues.

Jouée en ouverture du concert, Schreiben (2003) dont le titre joue sur la polysémie allemande de ce verbe : « schreiben » signifie écrire et « Schrei » désigne le cri, nous montre un compositeur empêtré dans sa propre esthétique. L’auditeur a bien du mal à concevoir que cette pièce fut écrite plus de 20 ans après Tanzsuite mit Deutschlandlied tant les éléments sonores initiés dans cette ancienne partition s’affirment ici scolaires et pompeux.

Fort heureusement, et sa superbe Chronochromie de 1960 étaient proposé entre les deux partitions de Lachenmann. Le rapprochement entre le compositeur allemand et l’auteur de Saint François d’Assise est particulièrement pertinent car les deux créateurs se plaisent à explorer les timbres de l’orchestre. est un interprète émérite de Messiaen dont il sait rendre toutes les facettes et l’architecture générale. Sa lecture de Chronochromie est virtuose et précise mais on regrette l’absence d’abandon mystique et de foi dans cette optique qui limite la pièce à de la musique pure. L’orchestre livre pourtant une prestation magnifique de clarté et de maîtrise technique et il faut saluer la virtuosité des percussionnistes à clavier qui se déchaînent dans les parties solistes.

Crédit photographique : © : K. Rudolph

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 22-III-2006. Helmut Lachenmann (né en 1936) : Schreiben, Tanzsuite mit Deutschlandlied ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Chronochromie. Quatuor Danel ; Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau und Freiburg, direction : Sylvain Cambreling.

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