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Jouer ou conduire, il faut choisir

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Paris. Théâtre Mogador. 16-III-2006. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle n°2 Hob. VIIb. 2 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 36 « Linz » en ut majeur K 425 ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette (extraits des suites d’orchestre, op. 64 ter). Orchestre de Paris, direction et violoncelle : Heinrich Schiff.

L’ sous la direction d’

On ne peut dénier à , violoncelliste autrichien dont la carrière prestigieuse a débuté en 1971 à Vienne et à Londres, une véritable grâce sonore et un goût du jeu qui paraît intact malgré sa déjà longue carrière. Sur son fameux « Mara » (un Stradivarius de 1711) il a semblé survoler les difficultés techniques impressionnantes du concerto pourtant galant de Haydn, comme un nuage un peu pressé au-dessus du matelas soyeux des cordes de l’. Survoler d’un peu trop haut peut-être, puisqu’à la manière des virtuoses du siècle classique il avait choisi de diriger et de jouer l’œuvre, ce qui a occasionné de malencontreuses approximations – traits avalés abruptement par un descendeur touchant à peine le sol – et quelques canards échappés de leur zone de confinement… La direction paraissait plus précise, et la cadence qui clôt le premier mouvement lui a laissé fort heureusement exprimer un tempérament d’un optimisme à toute épreuve, et d’un enthousiasme très expressif. Mais la perfection atteinte par les formations baroques laissaient loin derrière une prestation globalement bien décevante.

Pas grand chose à dire de la Symphonie écrite à Linz de ce cher Amadeus, l’une des plus longue de son auteur – composée selon la légende en quatre jours seulement – et flèche dirigée vers la promesse d’une carrière d’envergure à laquelle Mozart se destinait à Vienne, où l’œuvre devait être recréée le 1er avril 1784. Une direction énergique, un peu hussarde, manquant d’épices, mais qui avait l’avantage de faire ressortir les inspirations dues à Haydn, alors que la Symphonie en ut est contemporaine des six quatuors dédiés au maître d’Eisenstadt.

D’une tout autre trempe fut la tonitruante et festive suite de danses extraites du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, où Heinrich Schiff a donné toute la mesure de son énergie truculente et précise de chef éminemment doué pour le répertoire du XXe siècle. Des cuivres musclés, des cordes aux ondoiements piano d’une absolue perfection de matière, et capables de bonds de chats sauvages. Une œuvre comme respirée sur un chemin bordé de fleurs à peine écloses dans les prairies de Leningrad, et qui n’a rien à envier aux explosions chatoyantes du Sacre côté « printemps ». Un mystère aussi, dans la complainte légère et suave de Juliette enfant. Un legato parfait, des montées toutes en nuances précises, l’orchestre magnifiquement équilibré aux cuivres malgré les limites acoustiques très vite atteintes de cette caverne à l’italienne qu’est pour le malheureux orchestre de Paris – une fin de saison encore – le théâtre Mogador. Toute une mécanique de la jubilation dans laquelle Heinrich Schiff était manifestement tout à son aise, et que n’a pas manqué de saluer le public, venu en nombre applaudir la prestation de cet artiste trop rare sur les plateaux français, mais qui devrait décidément choisir entre jouer et conduire.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre Mogador. 16-III-2006. Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle n°2 Hob. VIIb. 2 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 36 « Linz » en ut majeur K 425 ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette (extraits des suites d’orchestre, op. 64 ter). Orchestre de Paris, direction et violoncelle : Heinrich Schiff.

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