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Quatuor Amadeo Modigliani, « Le Joueur de violoncelle » se met en quatre

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Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes en la mineur op. 44 n°1 ; Hugo Wolf (1860-1903) : Sérénade « Italienne » en sol majeur ; Felix Menselssohn-Bartholdy (1809-1847) : Quatuor à cordes en ré majeur op. 44 n°1. Quatuor Amedeo Modigliani : Philippe Bernhard, violon 1 ; Loïc Rio, violon 2 ; Laurent Marfaing, alto ; François Kieffer, cello. 1 CD Nascor / Ysaÿe Records NS01 (distribué par Harmonia Mundi) Enregistré au prieuré de Vivoin (Sarthe), en novembre 2005 ; notice trilingue (français, anglais, allemand) de Bernard Fournier ; durée 61’45.

 

Peindre la musique ? Ou vice-versa ? Du peintre aux musiciens, sans doute l’inspiration fut elle réciproque. Toujours est-il que le jeune (fondé en 2003) produit ici son premier disque pour le label Nascor, émanation d’Ysaÿe Records, et réservé aux « nouveaux talents émergents ». Mûris (et bien vite !) sous l’aile amicalement protectrice et…pédagogique du quatuor Ysaÿe, ces jeunes musiciens pétris de qualités et bardés de distinctions (la dernière en date étant ce premier prix du Young Artists Auditions de New-York), nous donnent par cet enregistrement l’exemple éclatant du fruit qui a tenu la promesse des fleurs. Et quel fruit ! Charnu, juteux, infiniment goûteux et parfumé : c’est avec délectation qu’à l’écoute de ce disque, on succombe au péché de gourmandise….

Et d’abord en compagnie de ce Schumann, tout à fait bienvenu dans une discographie où n’abondent pas les enregistrements de ses quatuors (et l’on se demande bien pourquoi). Un Schumann (n°1 en la mineur, de l’op. 41) qui, disons-le tout net, est à notre sens ce qu’on a produit de mieux au disque depuis l’enregistrement déjà ancien du Quartetto Italiano (introuvable en CD) ou plus récent du… Quatuor Ysaÿe (intégrale chez Aeon). Tant de qualités s’y trouvent en effet réunies ! Avec déjà, au départ, cette hypothèse non négligeable : de magnifiques instruments (italiens, XVIIIe) au service de talents exceptionnels.

On y entend, et ce n’est pas si fréquent, un Schumann libéré de tous ses complexes (vis-à-vis de Schubert et de Beethoven, entre autres), laissant éclater sa fascinante et composite personnalité ; celle d’un romantique au lyrisme exacerbé, animé appassionata con fueco et souvent traversé de jubilatoires et déconcertantes fantaisies. Soulignons ainsi, tout particulièrement, l’introduction que les Modigliani jouent, plaintive et lente, suscitant immédiatement l’attention, et puis, par-dessus tout, les deux mouvements centraux, qui à eux seuls justifieraient l’achat de ce disque : le Scherzo, admirable et saisissant de relief (vraisemblable référence à Mendelssohn – le dédicataire – et à son octuor) et dont le jeune Brahms s’est peut-être aussi souvenu dans son Trio n° 1, en si majeur ; Et puis un Adagio intensément méditatif, d’une indicible poésie, avec des sonorités « à faire pleurer les pierres ». A cet égard, et sans esprit cocardier aucun, comparée, par exemple, à la gravure relativement récente (2000) de leurs homologues britanniques (Quatuor Eroïca : intégrale des trois quatuors de Schumann, sur instruments anciens), l’interprétation que proposent ici les Modigliani, du n° 1 en la mineur, sur le plan du phrasé, de l’expression, de la couleur ( !), des sonorités, devient un choix nettement prioritaire. Il n’y a plus à espérer que, dans un proche avenir, ils nous donnent les deux autres.

De Hugo Wolf, la courte Sérénade Italienne, loin du – plus familier – Wolf tragique ou pathétique, dans une version de grande finesse et légèreté, aux chatoiements de soie, et l’op. 44 n° 1 de Mendelssohn complètent avec bonheur ce récital en tout point digne d’éloges.

L’éblouissant finale (Presto) du quatuor de Mendelssohn renforce encore la formidable impression de cohésion, de maîtrise et pour tout dire de maturité que dégagent ces jeunes interprètes. Les Modigliani, un quatuor qui semble décidément promis à une belle carrière….

Aux qualités évoquées du « bijou », ajoutons encore la pureté (superbe prise de son !) et l’agrément de l’écrin : présentation « album » dans un ton parme dominant, et riche d’une notice « de classe » signée Bernard Fournier, assortie d’un glossaire à l’usage de l’amateur pas forcément averti.

Crédit photographique : © DR

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Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes en la mineur op. 44 n°1 ; Hugo Wolf (1860-1903) : Sérénade « Italienne » en sol majeur ; Felix Menselssohn-Bartholdy (1809-1847) : Quatuor à cordes en ré majeur op. 44 n°1. Quatuor Amedeo Modigliani : Philippe Bernhard, violon 1 ; Loïc Rio, violon 2 ; Laurent Marfaing, alto ; François Kieffer, cello. 1 CD Nascor / Ysaÿe Records NS01 (distribué par Harmonia Mundi) Enregistré au prieuré de Vivoin (Sarthe), en novembre 2005 ; notice trilingue (français, anglais, allemand) de Bernard Fournier ; durée 61’45.

 
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