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La Flûte enchantée : sublime Abbado !

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte. René Pape, Sarastro ; Erika Miklosa, Die Königin der Nacht ; Dorothea Röschmann, Pamina ; Christoph Strehl, Tamino ; Hanno Müller-Brachmann, Papageno ; Julia Kleiter, Papagena ; Georg Zeppenfeld, Sprecher ; Kurt Azesberger, Monostatos ; Caroline Stein, Erste Dame ; Heidi Zehnder, Zweite Dame ; Anne-Carolyn Schlüter, Dritte Dame. Arnold Schœnberg Chor (chef de chœur : Erwin Ortner) Mahler Chamber Orchestra, direction Claudio Abbado. 2 CD Deutsche Grammophon 477 578-9. Enregistré en 2005. Notice et livret en français, allemand, anglais. Durée 148’50’’

 

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Quoi ? Encore une Flûte enchantée ? En cette année de commémoration du 250e anniversaire de la naissance de Mozart, la venue d’une énième version d’un de ses plus fameux opéras a tout lieu d’énerver le consommateur, voir le collectionneur. Qui n’a pas cet opéra dans sa discothèque ? Alors, pourquoi s’encombrer d’une autre version d’un opéra qu’on connaît finalement par cœur ? Et qui plus est, pourquoi est-ce que , cet immense chef mahlérien, cette montagne beethovenienne, se fourvoie dans un opéra aussi « basic » que la Flûte Enchantée ? Quand on sait que cette version a été enregistrée « live » au Teatro Comunale de Modène et que le metteur en scène n’est autre que Daniele Abbado, on comprend que papa Abbado a voulu donner un coup de pouce à la carrière de son fils. Et de là à penser à une énorme opération commerciale…

C’est donc avec une suspicion naturelle que s’aborde ce Mozart « made by  ». Tout auréolé de son immense réputation, le chef italien se devait d’offrir quelque chose de grandiose pour la première fois qu’il dirigeait cet opéra. Le résultat s’avère au-delà de toute attente. Depuis la légendaire « Flûte des Flûtes » de Sir Thomas Beecham gravée à Berlin en 1937 (avec au sein du chœur Favres Solisten Vereinigung une jeune débutante du nom d’Elisabeth Schwarzkopf !), et la très belle reprise de Sir Roger Norrington en 1991, jamais Flûte Enchantée n’a connu de si bel enregistrement.

Si le chef italien s’entoure d’une des plus belles formations orchestrales existantes, encore fallait-il la faire entrer dans son jeu. Il y réussit pleinement, découpant avec une rare beauté chaque timbre de l’orchestre. Pas de magmas musicaux traduisant si souvent les seules ambiances d’une musique, mais un cisèlement d’orfèvre donnant à chaque note de chaque pupitre une importance, une couleur, une intention en phase avec ce que Mozart lui-même voulait entendre de son œuvre. Traitant l’orchestre comme un soliste, les protagonistes se retrouvent soutenus et secondés de manière étincelante. En fin musicien, Claudio Abbado réalise ce que le célèbre chef allemand Fritz Busch privilégiait dans ses interprétations lyriques mozartiennes (Son Don Giovanni enregistré en 1934 reste encore une référence absolue !) : Une symbiose entre la voix et l’orchestre, l’une complétant l’autre, et vice et versa. Ainsi, rien ni personne ne prend le pas sur l’autre. La communion est totale pour que seule compte la compréhension aussi bien musicale que théâtrale.

Chez les solistes, hormis le somptueux (Sarastro) pas de vedettes, mais des artistes responsables et visiblement heureux de se trouver en si bonne compagnie musicale. Le choix judicieux des tempos aidant, les chanteurs ne se trouvent jamais en échec avec leur voix. Ainsi Erika Miklosa (Die Königin der Nacht) semble se jouer totalement des difficultés vocales des airs de la Reine de la Nuit. Si la voix se colore à l’envie c’est pour exprimer le mot derrière la signification de son personnage. Avec le couple (Pamina) et (Tamino), on touche au sublime. Leur couple nage dans l’évidence, à l’image de chanteuses comme Irmgard Seefried ou de ténors comme Fritz Wunderlich ou Léopold Simoneau. En véritables mozartiens, ces deux jeunes interprètes portent cette Flûte enchantée aux sommets. L’opéra est commencé depuis un petit quart d’heure, qu’on est submergé par l’émotion du ténor allemand dans son « Dies Bildnis ist bezaubernd schön ». Il n’aura d’égal que le « Ach, ich fühl’s » extatique de la soprano . Hanno Müller-Brachmann (Papageno) incarne un oiseleur frustre, bougon et carré contrastant avec la délicatesse de (Papagena). De son côté (Monostatos) campe admirablement l’antipathique personnage de la farce. S’emportant, pestant, détestable à souhaits, le ténor autrichien réalise un personnage inhabituel d’un comique haut en couleurs. La langue allemande étant la langue maternelle de la quasi-totalité du plateau, les récitatifs s’en trouvent rehaussés par une théâtralité sans exagération. Un régal !

Les critiques du spectacle dont cet enregistrement est issu sont unanimes pour louer la verve régnant durant ces représentations. Claudio Abbado semblait aux anges. Un bonheur qui se ressent dans cette Flûte enchantée dont la qualité de son n’est pas le moindre atout de cette réussite.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte. René Pape, Sarastro ; Erika Miklosa, Die Königin der Nacht ; Dorothea Röschmann, Pamina ; Christoph Strehl, Tamino ; Hanno Müller-Brachmann, Papageno ; Julia Kleiter, Papagena ; Georg Zeppenfeld, Sprecher ; Kurt Azesberger, Monostatos ; Caroline Stein, Erste Dame ; Heidi Zehnder, Zweite Dame ; Anne-Carolyn Schlüter, Dritte Dame. Arnold Schœnberg Chor (chef de chœur : Erwin Ortner) Mahler Chamber Orchestra, direction Claudio Abbado. 2 CD Deutsche Grammophon 477 578-9. Enregistré en 2005. Notice et livret en français, allemand, anglais. Durée 148’50’’

 
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