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Lux Feminae (Montserrat Figueras) Féminin Pluriel

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Anthologie de textes (période 900-1600) célébrant la femme, de compositeurs connus (tels Bartomeu Carceres ou la Comtesse Béatrice de Die) ou, le plus souvent, anonymes. Montserrat Figueras, soprano ; Tina Aagaard et Arianna Savall, sopranos ; Laurence Bonnal, contralto ; Begoña Olavide, mezzo-soprano et psalterion ; Andrew lawrence-King, harpe ; Jordi Savall, lyre, rebab, viole de gambe ; Frederike Heumann et Fahmi Alqhai, basses de viole ; Driss El Maloumi, Oud ; Rolf Lislevand, guitare ; Pedro Estevan, Marc Clos et Carlo Rizzo, percussions. Un CD Alia Vox Ref AVSA 9847, distribué par Abeille Musique. Enregistrement : été 2005, en l’église de Franc-Waret (Belgique) et en l’abbaye de Fontfroide (France). Notice – détaillée – (et en six langues !) ; Durée 70’57.

 

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D’abord, il y a l’objet. Un somptueux album, de plus de cent cinquante pages (!) sur papier glacé, illustré d’une abondante et superbe iconographie. On se dit que c’est peut-être trop ? Que cela cache quelque chose… ? Que l’on se rassure ; ce «quelque chose» est un authentique bijou (musical) à hauteur de l’écrin.

Après le succès remarqué de l’album Ninna Nanna (recueil de berceuses), celui plus mitigé Du Temps et de l’Instant par la famille Savall, nous revient donc, pour un album-solo glorifiant la femme. L’éternel féminin symbole de désir, d’amour, de lumière tant spirituelle que charnelle. L’évocation de la chanteuse retient, dans une période s’étalant sur six siècles, sept portraits de femmes ; un nombre qui n’est pas choisi au hasard : qu’on se réfère à son symbolisme appuyé (ne serait-ce qu’au plan spirituel) des 7 péchés capitaux, des 7 archanges, des 7 sacrements, des 7 fêtes de la Vierge, des 7 paroles du Christ en Croix etc. Musicalement, ces évocations s’appuient sur des genres aussi divers que le Chant de la Sybille (que et ont déjà traité, dans ses différentes versions) ou le vaste répertoire des Villlancicos, en passant par les chansons des Trobayritz (femmes-troubadours) les romances séfarades et autres cantigas.

Le lyrisme déployé ici a charge d’idéal, d’embellissement, d’exaltation, et sa poésie joue un rôle essentiel quand il s’agit d’invoquer des figures aussi mystiques que la Sybille, la Vierge, ou tout simplement la nature (les vagues de la mer) ou, naturellement, la femme aimante. Ignorant l’épique (et donc toute implication guerrière), s’en tenant à la seule vision lyrique, cette poésie, d’un raffinement accompli, invite avant tout à l’amour, s’attache à l’analyse, l’incantation, use de la répétition et donne volontiers dans l’hyperbole, pour grandir le geste ou sublimer le sentiment.

La vision «lumineuse» que ces textes donnent de la femme emprunte des chemins tout aussi diversifiés : celui du mysticisme comme celui de l’amour, bien sûr, qu’il soit exalté, enjoué ou éploré. Dans cet exercice, d’un art subtil mais jamais précieux, jusque dans son inspiration populaire, une fois de plus le charme opère : celui d’un timbre de voix ; une voix chaude, caressante, aux inflexions envoûtantes. Et l’on a, bon gré mal gré, pour cette ensorcelante sirène, l’oreille d’Ulysse…sans sa volonté de résistance, car on y succombe avec délectation. D’autant que reçoit, pour quelques titres, le renfort d’autres voix d’heureuse harmonie (ainsi l’émouvant effet des finales en accord de quinte dans les deux versions de O Lux) et que l’accompagnement instrumental, de grande finesse et d’une absolue perfection, dans une prise de son des plus gratifiantes, ajoute encore à notre plaisir d’écoute. Une prise de son, légèrement réverbérée, nimbant (du moins, l’imagine-t-on ainsi) le beau visage – et donc la voix – de la soliste d’une immatérielle lumière qui lui sied à merveille. Aeterna Lux feminae

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