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L’Art du Psaltérion : Science sans ambiance…

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Anthologie de pièces (du XIIe au XVIe siècle), de compositeurs connus (Bertrand de Ventadour, Claude Gervaise, Guillaume de Machaut, Chardavoine, Thoinot Arbeau…) ou anonymes. Maurice Guis, psaltérion ; membres de l’ensemble Les Musiciens de Provence. 1 CD Arion (ARN 60680) ; distribué par Abeille Musique. Edition 2006, à partir d’enregistrements divers réalisés dans les années 1973 à 1981. Notice bilingue (français-anglais) de l’interprète. Durée : 42’33.

 

Dans la série déjà longue « l’Art de… », Arion ajoute à son catalogue : le psaltérion. Au sein d’un instrumentarium de musique ancienne (et pour n’évoquer que des instruments cordophones), en matière de curiosité suscitée, le psaltérion le dispute au luth, au théorbe ou encore à l’oud (ou aoud). De provenance encore plus ou moins controversée (mais il semblerait qu’il faille lui reconnaître une origine arabe et proche-orientale : celle du qânûn ou kanun), il aurait été introduit en Europe aux alentours du Xe siècle. Dans la Vulgate, le terme de psalterium désigne tout instrument destiné à jouer – ou accompagner – les psaumes (psalmus ou psalmos). C’est aussi l’appellation générique des cithares sur table. Par la suite, ce sera assez souvent l’un des instruments des fêtes populaires et des musiciens errants. On le tient parfois suspendu autour du cou, mais le plus souvent posé à plat. On en joue en pinçant les cordes, avec les doigts (possibilité d’accords) ou avec un ou deux plectres (en corne ou plume d’oie) ; et de ce point de vue, c’est un peu l’ancêtre de l’épinette et du clavecin. Parmi ses nombreuses variations de forme, la plus courante est celle, trapézoïdale, en « groin de porc », telle qu’on peut observer sur un grand nombre d’enluminures.

Les cordes vont par paires, pour chaque note (lesquelles sont en nombre variable – ici, 16 – et accordées diatoniquement). On ne confondra pas le psaltérion avec le tympanon, autre instrument à cordes, de forme trapézoïdale et qui se joue à plat en frappant les cordes à l’aide de petits maillets de bois.

Des pièces sélectionnées ici, pour mettre en lumière le psaltérion, la notice ne dit absolument rien. Et c’est regrettable. Car elles n’accèdent ainsi qu’à une valeur de prétexte, de faire-valoir à l’instrument, qu’on nous fait entendre en solo ou en diverses compagnies ; cordophone : guitare, harpe, mandore…ou aérophone : flûte à bec, cromorne. Interviennent aussi des instruments tels que la vielle à roue et différentes percussions.

Si la technique instrumentale ne souffre aucune critique (on peut faire confiance à Maurice Guis, excellent, et de longue date, multi-instrumentiste), le style des interprétations est plus contestable. En effet, le présent disque puise dans des enregistrements datant des années 70 à 81. Or, l’interprétation de la musique ancienne a considérablement évolué depuis vingt-cinq ans. Elle mise aujourd’hui sur une vitalité, un dynamisme, une énergie…une « âme » bien absents ici ; et c’est dommage ; car on a le sentiment, à l’écoute de ces pièces, certes très proprement jouées, mais si sagement ( !) presque au métronome, d’entendre un répertoire « de musée ». Mais il y a fort à parier que Maurice Guis et ses partenaires ne joueraient pas cela comme ça aujourd’hui. Et puis, autre élément bien absent de ce disque : la voix ; alors que le psaltérion est un instrument de choix pour accompagner la voix (, par exemple, ne nous contredira pas, qui a recours au psaltérion, à plusieurs reprises et fort opportunément, dans son dernier enregistrement).

Finalement, on a ici, un disque tout à fait valable et intéressant sur le plan de l’initiation à l’instrument privilégié, mais cependant frustrant quant au plaisir musical qu’il est potentiellement censé faire naître chez l’auditeur.

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