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Les leçons de maître Jordan

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle philharmonique. 13-V-2006. Claude Debussy (1862-1918) : Jeux. Gabriel Fauré (1845-1924) : Ballade pour piano et orchestre en fa dièse mineur. Jean Françaix (1912-1997) : Concertino en fa majeur pour piano et orchestre. Albert Roussel (1869-1937) : Symphonie n°3 en sol majeur op. 42. Philippe Cassard, piano. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Armin Jordan.

et Orchestre Philharmonique de Liège

Depuis 2001, le chef d’orchestre est l’invité annuel de l’Orchestre Philharmonique de Liège pour conduire des programmes d’une grande intelligence. À l’occasion des commémorations des 75 ans de la disparition du violoniste Eugène Ysaÿe, le musicien mène un hommage intégralement français où il démontre de nouveau sa totale maîtrise de cette esthétique si particulière qui allie finesse, recherche des timbres et puissance. Dans une musique qu’il maîtrise comme très peu d’ensembles, l’orchestre liégeois livre une prestation technique incomparable où les couleurs des cordes, la douceur des vents et l’éclat des cuivres et des percussions se sont joués des difficultés du programme.

Il est assez étrange de débuter un concert par le poème dansé Jeux de . Ce fascinant ballet où les lignes mélodiques vont, viennent et s’entremêlent est d’une redoutable difficulté d’unification. Pris à froid, l’orchestre met quelque temps avant de rentrer dans son sujet. Armin Jordan évite toute froideur analytique pour tirer l’œuvre vers le poème symphonique. Il sait allier précision et élan narratif, tandis que les pupitres des bois et des vents se parent des plus belles teintes.

Ce programme en hommage à un violoniste légendaire proposait curieusement deux partitions pour piano d’une absolue rareté. La Ballade pour piano de , d’une durée d’une quinzaine de minute, refuse toute virtuosité facile pour se concentrer sur la richesse mélodique et le dialogue avec l’orchestre. Le pianiste conjugue la clarté du toucher et la musicalité. Idéalement accompagné par le chef, il campe un Fauré d’une évidente délicatesse. Le soliste et le chef reviennent après la pause pour interpréter le petit Concertino de Jean Françaix. Risée des avant-gardes, ce compositeur n’est nullement le petit maître néo-classique que l’esprit bien pensant à souvent voulu voir. Virtuose de l’écriture, ce créateur sait multiplier avec un grand talent les différents climats. et l’orchestre s’ébrouent avec joie dans cette petite merveille d’esprit et de style.

La symphonie n°3 d’ est la seule des quatre symphonies du compositeur français à rester assez présente à l’affiche des concerts et de grands chefs d’orchestres à l’image de Pierre Boulez, Mariss Jansons, Neeme Järvi, Bernard Haitink et Marek Janowski la possèdent à leur répertoire. Cette partition de démonstration puissamment charpentée et éclatante offre aux orchestres une belle occasion de briller. Dans des tempi modérés mais plutôt allants, Armin Jordan rend idéalement le motorisme et la pulsation de l’œuvre alors que le travail sur les dynamiques est impressionnant de maîtrise. Le dernier mouvement est un construit comme un crescendo qui explose dans la jubilatoire coda finale.

 : © Pierre-Marie Epiney

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