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Nicholas Angelich marathon man à la MC2

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Grenoble. MC2. 13-IV-2006. Franz Liszt (1811-1886) : Années de Pèlerinage. Nicholas Angelich, piano.

Années de Pèlerinage de

Les concerts-marathon sont presque une tradition à la MC2. Mais lorsqu’il s’agit des Années de pèlerinage de par , cela devient un événement réellement incontournable. Liszt, le symbole de la virtuosité. Angelich, fascinant pianiste qu’il n’est plus besoin de présenter. Et les Années de pèlerinage, cycle d’œuvres dont le seul nom fait frémir tous les pianistes par la richesse stylistique, émotionnelle et, bien entendu, virtuose, qu’elle représente. Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, la salle n’était pourtant pas comble. Peut-être est-ce là la conséquence de l’inconvénient majeur de ces concerts exceptionnels devenus légion : un tel programme représente trois heures de musique … auxquelles il faut bien évidemment ajouter les indispensables – ne serait-ce que pour le pianiste ! – et longs entractes (deux fois quarante cinq minutes pour cette soirée). Si l’on rajoute à ces considérations bassement matérielles le fait que nous étions un soir de semaine, il est aisément compréhensible que les mélomanes aient préféré être raisonnables … et ne pas se déplacer.

Rationnellement compréhensible, certes, mais cela relève du sacrifice ! On connaît les Années de pèlerinage car elles représentent un maillon essentiel de la carrière de Franz Liszt. Certaines pièces de chacune des trois années sont régulièrement enregistrées ou jouées en concert. Vous pensez ne pas réellement connaître autre chose de ce cycle que son titre ? Citons par exemple la Vallée d’Obermann (1ère année : La Suisse) ou les Jeux d’Eau De la Villa d’Este (3ème année). Et oui ! Certains morceaux ultra connus sont issus des Années de Pèlerinage, mais on l’oublie souvent. Citons surtout Après une Lecture de Dante (2ème année : L’Italie). Oui, vous savez, cette pièce qui représente à elle seule un monument de virtuosité, dans laquelle le piano gronde avec une puissance et une énergie phénoménale, dévastatrice, puis tout-à-coup se radoucit pour égrener de légers sons envoûtants, puis chante avec une profondeur à vous couper le souffle, puis vous saisit par ces quelques sons qui sortent du silence … Oui, celle-là ! Cette pièce qui à elle seule semble être une entité stylistique et qui à elle seule épuise un pianiste. Il ne s’agit en fait que d’une partie de la 2ème année de pèlerinage. Peut-être est-ce pour cela que, hormis , rares sont ceux qui osent prendre à bras le corps l’intégralité du cycle en une seule soirée. Véritable défi pour le pianiste, presque inhumain. Car les Années de Pèlerinage, ce n’est pas seulement un enchaînement de morceaux de bravoure, ce sont également des moments d’une poésie extrême. Toute la palette des sonorités et possibilités expressives du piano y est explorée et exploitée. S’il est difficile de faire chanter de façon mélodieuse et poétique un piano, que dire du fait d’arriver à le faire après quelques pages virtuoses. Pourtant, presque impassible, Nicholas Angelich relève le défi. Point d’effets visuels grandioses : il s’assoit, pose ses mains et joue. Tout simplement. Et la musique, dans toute sa délicatesse et sa complexité, dans toute sa richesse et sa poésie, jaillit.

De façon étonnante, il était écrit dans le programme de la soirée que « vous ne vous amuserez pas ». De quoi regretter d’être venu et redouter la suite. S’amuser n’est peut-être pas le terme, effectivement (mais l’est-il souvent pour un concert de musique classique ?). On est envoûté, tout simplement. Et si ce n’était la perspective de devoir se lever pour affronter une nouvelle journée le lendemain matin, on souhaiterait que cela ne finisse jamais.

Prochain concert classique à la MC2 : Iphigénie en Tauride de Glück // Direction : Marc Minkowski – Musiciens du Louvre (9 juin 2006)

Crédit photographique : © Orchestre Symphonique de Cincinatti

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