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René Leibowitz, Beethoven par la voie express

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Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°1 à 9 ; Léonore III, ouverture ; Egmont, ouverture  ; Marche turque (extrait des Ruines d’Athènes). Inge Borkh, soprano ; Ruth Siewert, alto ; Richard Lewis, ténor ; Ludwig Weber, basse ; Beecham Choral Society, Royal Philharmonic Orchestra, The New Symphony Orchestra of London (Egmont), direction : René Leibowitz. 5 CD Scribendum SC 041. Enregistrements de 1961 et 1962. Notice en anglais.

 

Dans les années 1960, le paysage discographique beethovenien était déjà très chargé entre, nous schématisons, la subjectivité romantique de Furtwängler, l’hédonisme de Karajan, le classicisme de Cluytens, ou encore la radicalité monumentale de Klemperer. Parmi tous ces coffrets légendaires, l’intégrale enregistrée par pour le Reader’s Digest n’a pas fait grand bruit à l’époque de sa sortie, et reste encore aujourd’hui très méconnue. C’est grand dommage, car c’était une vision tout à fait originale et moderne, dont l’impact sur l’auditeur reste considérable. Quand on la compare aujourd’hui à ses illustres concurrentes, on se rend compte que si celles-ci restent d’immenses réussites et des références historiques glorieuses, elles sont toutes à leur façon marquées par l’esthétique de leur époque, alors que la version de Leibowitz n’a pas pris une ride, et semble même, nonobstant le souffle de la prise de son analogique, avoir été enregistrée ce matin.

L’approche de Leibowitz est simple : fi du pathos romantique et de la tradition, retour au texte (il réalise sa propre édition), retour aux tempi véloces indiqués par Beethoven, accent sur la transparence des textures et sur la clarté du jeu polyphonique. Le résultat est magistral : Leibowitz dirige un Beethoven léger et puissant, précis et rigoureux, d’une objectivité féroce et d’un impact dramatique intense, rigoureusement musical et toujours parfaitement contrôlé. Le plus stupéfiant est le tempo général : d’une rapidité extrême, il rend à Beethoven des accents révolutionnaires qu’il avait rarement à l’époque de l’enregistrement, et il faudra attendre longtemps pour que d’autres chefs osent diriger Beethoven à ce rythme trépidant. Parmi ces lointains successeurs, on citera Roger Norrington (mais Leibowitz a un bras infiniment meilleur, et est nettement moins raide que le chef anglais), ou encore Giovanni Antonini dans un récent disque des deux premières symphonies (mais là encore, Leibowitz fait preuve d’une constance dans l’inspiration dont Antonini se montre incapable). Finalement, celui qui aura selon nous le mieux assimilé les enseignements de Leibowitz est l’excellent David Zinman (avec la Tonhalle de Zürich chez Arte Nova), lui aussi tranchant et véloce, plus informé d’un point de vue textuel (il utilise la nouvelle édition Bärenreiter), mais qui se montre parfois cassant et froid, alors que Leibowitz est toujours souple, chantant et sensible.

De cette somme, deux volets sont relativement moins marquants : la Symphonie Pastorale l’est par comparaison avec la concurrence. Leibowitz y adopte une allure assez modérée, qui ne traîne certes pas, mais qui se situe dans une honnête moyenne, son orchestre ne lui permet pas vraiment de se distinguer, et on a déjà entendu premier mouvement plus poétique et détendu. La 9ème est, elle, intrinsèquement décevante. Les deux mouvements initiaux sont superbement enlevés, mais l’Adagio est un peu pressé, et le Finale est plombé par un quatuor qui, malgré ses noms ronflants, fait n’importe quoi, à part un élégant . On peut d’ailleurs s’étonner qu’un chef aussi strict ait pu laisser passer un chant aussi débraillé, le summum de l’horreur étant représenté par les barrissements d’un Ludwig Weber cacochyme. Quant au chœur, dont le style est suranné, il ne rachète pas cet Hymne à la joie, ce qui est dommage, car le chef y est proprement électrisant.

Tout le reste du coffret est glorieux, et les symphonies n°1, 2, 3, 5 et 7 par leur tension, leur élan, leur vivacité et leur énergie féroce sont des références indispensables et dans leur genre, inégalées.

On passera sur un orchestre moyen : le n’a jamais été une formation d’élite, et il évolue ici régulièrement en surrégime, poussé par un chef qui ne le ménage pas. Les cordes se défendent bien, mais ne sont pas spécialement belles, les cuivres sont plutôt braillards et font de nombreuses fautes, et les bois, dont la sonorité très nasillarde est typique des formations britanniques de l’époque, sont parfois dépassés. C’est une réserve qu’on se doit de signaler, mais on oublie vite ces petits manquements de l’orchestre, tant la direction de est exaltante.

Saluons pour terminer l’initiative de Scribendum, qui nous propose ce coffret à un prix enfin compétitif, bien plus que celui des précédentes éditions en compact de cette intégrale, chez Chesky ou Menuet. Le discophile beethovenien n’a donc plus d’excuse, et est vivement conseillé de se précipiter pour faire l’acquisition de cette merveille d’intelligence musicale.

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Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°1 à 9 ; Léonore III, ouverture ; Egmont, ouverture  ; Marche turque (extrait des Ruines d’Athènes). Inge Borkh, soprano ; Ruth Siewert, alto ; Richard Lewis, ténor ; Ludwig Weber, basse ; Beecham Choral Society, Royal Philharmonic Orchestra, The New Symphony Orchestra of London (Egmont), direction : René Leibowitz. 5 CD Scribendum SC 041. Enregistrements de 1961 et 1962. Notice en anglais.

 
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