Une soirée magique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux Arts. 20-V-2006. Benjamin Britten (1913-1976) : Les Illuminations op. 18. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Sophie Karthäuser, soprano. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Armin Jordan.

L’OPL à Bruxelles

Les apparitions annuelles d’ au pupitre de l’Orchestre Philharmonique de Liège sont des événements de plus en plus attendus, car leur entente produit des concerts à chaque fois mémorables. Il y a douze mois, ils illuminaient une soirée au programme français admirablement composé, réussite qu’ils renouvelaient, toujours dans la musique française, il y a quelques jours à Liège, avec la complicité du pianiste Philippe Cassard.

La soirée commence par les Illuminations, cycle de mélodies de jeunesse composé par sur des extraits du recueil posthume de Rimbaud. Sophie Karthaüser y est d’une admirable simplicité, allant droit au but, et donnant aux mots du poète toute leur franchise, leur puissance et leur emportement, alors que les cordes de l’OPL se montrent justes, engagées et souples.

Dans l’abondante discographie d’, Mahler est présent à trois reprises, avec les symphonies n°1, 3 et 4. Enregistrées au début des années 1990 avec l’Orchestre de la Suisse Romande, ce sont trois très belles versions, particulièrement la n°3 (Virgin), qui fait partie des références discographiques modernes. On retrouve les qualités de précision et d’inspiration habituelles d’Armin Jordan dans ce concert avec une symphonie n°4 dont il traduit toutes les facettes avec une justesse et une inspiration remarquables. Dirigeant assis, il tient l’orchestre avec précision et patience, et avec ses grands bras, il semble presque toucher lui-même du doigt le corniste ou le clarinettiste pour leur signifier leurs départs. Le chef est tendre, espiègle et pastoral dans le premier mouvement, ironique et frivole dans le deuxième, puis d’une poésie irréelle, grave et légère en même temps, dans un Ruhevoll mené avec douceur, mais aussi avec fermeté, et sans traîner le pas. Le lied final est un petit bijou d’émerveillement candide, de fraîcheur et de beauté vocale simple et naturelle de la part de Sophie Karthaüser, qui chante un allemand dont chaque mot est ciselé et remarquable d’intelligibilité.

Magique également, l’Orchestre Philharmonique de Liège donne une prestation dont il peut légitimement être très fier : précis, juste, chaleureux d’expression et transparent de sonorité. Tous méritent d’être cités, mais nous décernerons la palme à Théo Vanhove, premier clarinettiste, qui évoluait ce soir à un niveau de beauté, de précision et d’enthousiasme admirable.

Le public est malheureusement trop peu nombreux, c’est une bien mauvaise habitude quand l’OPL vient à Bruxelles, mais se montre très discret pendant le concert, et très chaleureux à l’issue de celui-ci. Armin Jordan méritait bien un tel accueil, et nous attendons sa prochaine visite avec impatience.

Crédit photographique : © Orchestre Philharmonique de Liège

 

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