Orchestre National de Lyon : Mozart, du solo à l’orchestre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Grenoble. MC2. 16-VI-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette pour piano et instruments à vent en mi bémol majeur KV 452  ; Symphonie n°29 en la majeur KV 201  ; Sonate pour piano n°16 en si bémol majeur KV 570  ; Concerto pour piano et orchestre n°9 en mi bémol majeur KV 271 « Jeune homme ». Guy Laroche, hautbois. François Sauzeau, clarinette. Louis-Hervé Maton, basson. Michel Molinaro, cor. Orchestre National de Lyon. Direction et piano : Pierre-Laurent Aimard.

Une chose est sûre : Mozart déplace encore et toujours les foules. Salle comble pour ce concert à l’affiche alléchante, bien qu’étrangement disparate… Un public pas toujours habitué des salles de concert : pour preuve, les quelques applaudissements qui ont fusé entre les mouvements dans la première partie. Peut-être est-ce là la qualité première de cette soirée : elle participait à une réelle démarche de démocratisation de la musique classique. Etait-ce une démarche volontaire de la MC2 ? Quoi qu’il en soit, le résultat, fort appréciable, était là : de nombreux néophytes en la matière se trouvaient dans la salle.

La soirée était sous-titrée « du solo à l’orchestre ». Voilà qui laisse la porte ouverte à un programme surprenant par la variété des formations qu’il offre : une œuvre pour piano, un quintette, un concerto, une symphonie. Concept intéressant, qui attise la curiosité musicale et musicologique. Mais l’inconvénient de ce genre de soirée est que l’on peut se heurter également à une relative inégalité musicale : rares sont les interprètes spécialistes de toutes ces formes !

Mais reprenons le concert dans l’ordre chronologique. Au commencement était le Quintette avec piano KV 452. Rapidement, que l’on soit fervent admirateur de musique romantique ou plus spontanément attiré par la musique contemporaine, on se laisse malgré soi emporter avec bonheur dans l’univers si frais et riche de Mozart. Légèreté, finesse, simplicité sans jamais tomber dans la vulgarité ni la facilité, tout est là. La disposition sur scène des musiciens sert admirablement l’écriture du compositeur-pianiste : le piano est situé derrière le quatuor à vent. Ce quintette semble parfois écrit comme une sonate pour piano et quatuor : le clavier est tour à tour le partenaire de chacun des autres instruments ou un magnifique accompagnateur polyphonique. Peut-être aurait-on simplement souhaité une complicité encore plus grande entre les musiciens … mais peut-on réellement exiger d’une formation occasionnelle la même fusion que celle que l’on trouve dans un quatuor à cordes, par exemple ? Cinq musiciens d’une grande finesse, d’une grande musicalité, dans une écoute mutuelle perpétuelle, suffisent à mettre en valeur cette partition tout à fait charmante.

Suit une courte symphonie, dirigée par . Mais un brillant pianiste est-il forcément un brillant chef d’orchestre ? Certes non. Sous sa baguette maladroite, l’orchestre se contente de jouer, sans réellement interpréter. On sent parfois un certain désarroi parmi les musiciens devant cette gestique certes très énergique, enthousiaste et engagée, mais qui rappelle parfois celle de Mickey dans Fantasia. Il en résulte une symphonie « propre ». Oui, bien sûr, l’énergie, les contrastes, les dialogues d’une famille d’instruments à l’autre sont présents, mais l’absence de réel souffle, de réelles lignes musicales se fait cruellement sentir. Sous la direction de ce chef occasionnel, l’ ne transforme pas l’essai, et cette symphonie qui ne figure pas parmi les plus grands chefs d’œuvres de Mozart ne sonne que comme une banale symphonie, sans réelle inspiration.

était très lié à György Ligeti. L’hommage était donc incontournable. Après une brève et sobre présentation orale, il rajoute au programme un extrait de la Musica Ricercata, en guise d’introduction à la sonate de Mozart. Hommage touchant, et particulièrement efficace car il a permis à une partie du public de découvrir cet immense compositeur … et, espérons-le, d’apprendre à l’apprécier. Dans un même élan, le pianiste s’attaque à la Sonate pour piano KV 570 de Mozart. Interprétation parfaite sur tous les plans. Ce souffle, ces lignes mélodiques qui manquaient tant dans la symphonie sont ici bien présents, et Aimard nous offre un vrai bijou d’œuvre pour piano.

Enfin, en dernière partie, voici le Concerto pour piano n°9 KV 271. Le pianiste dirige l’orchestre de son tabouret, glissé pour l’occasion au cœur de l’arc de cercle formé par les instrumentistes. Et là, le public a enfin pu goûter un vrai grand moment de musique symphonique. La disposition de tous les musiciens et la place du chef derrière son instrument ont permis une réelle fusion entre tous. L’écriture concertante de Mozart est très efficace, l’orchestre et le soliste se répondant dans un dialogue parfaitement pensé, d’une évidence déconcertante – sans jeu de mots hasardeux. Certes Pierre-Laurent Aimard aurait souvent pu se dispenser de diriger (lorsqu’il ne jouait pas) l’orchestre, puisque les instrumentistes étaient sans cesse aux aguets et à l’écoute de la moindre de ses lignes mélodiques pour y répondre parfaitement, et que le premier violon le suppléait très souvent, mais, finalement, lorsque c’est au service d’une interprétation réussie, peut-on réellement reprocher à un artiste un excès d’enthousiasme, même s’il est maladroit ?

Crédit photographique : © Guy Vivien

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