60 ans de la Maîtrise de Radio-France, éternelle jeunesse

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Maison de la Radio, salle Olivier-Messiaen. 20-VI-2006. Jean-Yves Daniel-Lesur (1908-2002) : Deux chansons populaires à trois voix. Roland-Manuel (1891-1966) : Benedictiones (extraits). Henri Tomasi (1901-1971) : Chants de l’île de Corse (extraits). Roger Calmel (1920-1998) : Sept comptines des oiseaux. Francis Poulenc (1899-1963) : la Courte paille. Philippe Hersant (né en 1948) : Sept poèmes d’Emily Dickinson (création mondiale, commande de Radio-France). Edith Canat de Chizy (née en 1951) : Suite de la nuit (création mondiale, commande du sextuor Opus 62) ; la Chanson des Orphelins. Thierry Pécou (né en 1965) : Et la Jeannette avec ; Régis Campo (né en 1968) : Agnus Dei ; Alexandros Markéas (né en 1965) : Il pleut ! ; Graziane Finzi (née en 1945) : Am Stram Gram. Isabelle Poulenard, soprano ; Nicolas Fehrenbach, piano ; Sextuor Opus 62 : Michel Gershwin, violon I ; Marc-André Conry, violon II ; François Dupont, alto I ; Véronique Vichery, alto II ; Frédéric Desfossez, violoncelle I ; Alexeï Milovanov, violoncelle II. Maîtrise de Radio-France, direction : Toni Ramon.

« L’absence de projet pédagogique est la première chose qui m’a frappée ». – auteur de ce propos – devait hériter en 1998 d’un instrument formidable en bien mauvais état : les années de gloire de la Maîtrise de Radio-France étaient bien derrière elle, les garçons avaient quasiment déserté ce chœur, devenu un ensemble de jeunes femmes plutôt qu’un chœur d’enfants et d’adolescents. Le défi était de taille pour le chef de chœur nouvellement nommé, ancien élève lui-même de la célèbre école maîtrisienne catalane l’Escolania de Monserrat. Les résultats ne se sont pas fait attendre : en peu de temps cet ensemble a lentement mais sûrement gagné en justesse et en homogénéité, le tout allié à une politique artistique audacieuse et à une remise en place d’un projet pédagogique porteur. Huit ans plus tard le résultat est éclatant : le vibrato excessif caractéristique de ces jeunes chanteuses a disparu au profit d’un timbre plus clair mais toujours corsé (nous sommes loin du poncif des voix blanches et plates véhiculé par un film avec Gérard Jugnot empli de bons sentiments), la moyenne d’âge a baissé et la mixité est de mise.

C’est donc une Maîtrise en pleine forme qui a fêté ses 60 ans. L’âge de la retraite pour presque tous (quoique…) est celui du renouveau en cette soirée pré-estivale. Roger Calmel, , Daniel-Lesur et Roland-Manuel font partie de cette pléthore de compositeurs suscités par Henri Barraud, et Jacques Jouineau pour écrire en vue de leur nouvel ensemble. Des partitions parfois datées mais excellemment servies, et témoins d’une certaine époque de la création musicale. Mais la Maîtrise de Radio-France ne s’est jamais départie de son activité dans la musique contemporaine, la liste des compositeurs actuels joués est interminable (, , , , , Nguyen-Thien-Dao, …). et Edith Canat de Chizy ont reçu commande pour ce 60ème anniversaire d’œuvres originales emblématiques de la diversité de la création contemporaine. Les Sept poèmes d’Emily Dickinson ressemblent furieusement à nombre d’autres œuvres chorales de (Landschaft mit Argonauten, l’Infinito, Aus Tiefer not, Poèmes chinois, …), calquées sur le même modèle de strates sonores en échos et répétitions lancinantes. A l’inverse la Suite de la nuit sur des poèmes de Federico Garcia Lorca due à Edith Canat de Chizy surprend par son imbrication des textes et son renouvellement constant. L’ombre de n’est pas bien loin, mais le langage de la créatrice (et membre de l’Institut) reste fortement personnel, confiant aux cordes de l’Opus 62 (un nom plus proche du Pas-de-Calais, leur département d’origine, que d’une œuvre) un accompagnement quasi percussif. Entre ces deux exemples de périodes créatrices, s’est livrée à une interprétation tout en finesse de la Courte paille de Poulenc, accompagnée idéalement par , tous deux anciens élèves de la Maîtrise.

En seconde partie un florilège de chansons françaises plus conçu comme un happening ou une bacchanale sauvage (chère à René Kœring) que comme un récital. Entre deux jeux vocaux basés sur le Pont d’Avignon ou A la claire fontaine s’intercalaient cinq œuvres contemporaines composées d’après d’autres ritournelles enfantines, alliant tout à la fois la ludicité (Il pleut ! de Markéas) à une forme d’écriture fort complexe (Agnus Dei d’après Ah vous dirais-je Maman de Campo). Après le discours de rigueur de Jean-Paul Cluzel, patron de ces lieux, les nombreux rappels ont gratifié le public de deux bis, Nuit d’étoile de Debussy et une parodie de chanson de variété digne du groupe Chanson Plus Bifluorée.

60 ans, pour beaucoup c’est le départ d’une nouvelle vie. Pour la Maîtrise de Radio-France également.

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