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IXe Festival Eclats de Voix : les belles d’Auch

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Chaque année, c’est pareil : on ne sait plus quoi faire pour vous convaincre que le Festival « Eclats de Voix », eh bien ! franchement, ça en vaut la peine. On vous a fait le coup de la campagne gasconne, vallées profondes et collines ensoleillées où s’accrochent quelques villages au pied d’églises forcément ancestrales ; on vous a rappelé les plaisirs de la table, foie gras, Madiran et le reste, histoire de racoler par l’estomac, tant on sait bien que musique et bonne chère vont souvent de pair

Chaque année, c’est pareil : on ne sait plus quoi faire pour vous convaincre que le Festival « Eclats de Voix », eh bien ! franchement, ça en vaut la peine. On vous a fait le coup de la campagne gasconne, vallées profondes et collines ensoleillées où s’accrochent quelques villages au pied d’églises forcément ancestrales ; on vous a rappelé les plaisirs de la table, foie gras, Madiran et le reste, histoire de racoler par l’estomac, tant on sait bien que musique et bonne chère vont souvent de pair. Et voilà, splendeurs et misères du métier de chroniqueur, que l’on se prend à ressasser ; l’imagination d’un critique, que voulez-vous c’est bien connu, a ses limites.

Alors, tant pis, redisons-le : combien de festivals, aujourd’hui, consacrés à la voix ou pas, dégagent cette impression de sympathie, cette envie de faire partager ? Où peut-on voir, ailleurs qu’ici, le directeur du festival monter sur scène à la mi-temps – pardon l’entracte – pour annoncer au public les résultats des matchs de la coupe du monde ? Et où, surtout, peut-on approcher des artistes, disponibles, ouverts, dans des après-concerts animés et chaleureux ? Parce que, c’est cela, Auch en ce mois de juin, jolie petite ville endormie où ne sévit pas encore la horde touristique, avec tous les charmes et les impedimenta de la vie provinciale ; une complicité et une chaleur uniques, avec comme décor charmant et désuet un théâtre miniature où les sièges sont à peine moins inconfortables qu’une planche à clous, quand ils ne vous laissent pas carrément choir – mais il y sera remédié, nous dit-on.

Plutôt que d’étaler le festival sur une semaine comme lors des années précédentes, il a été décidé pour cette édition d’y consacrer trois week-ends ; l’idée est heureuse. Car un week-end à Auch signifie non seulement trois concerts en soirée, mais également de nombreux à-côtés : conférences, bal, concerts d’après concerts. Toute une ambiance, donc, où le connu (Carmina Burana de Orff par la Sociedad Coral de Bilbao, un concert Mozart par l’, le Stabat Mater de Pergolèse par l’ensemble baroque Les Passions, et pour finir les fameux Tallis Scholars) côtoie des événements plus originaux, comme une visite de la ville en musique par l’ensemble vocal et la reprise par Les Passions d’un programme rare consacré à des œuvres anglaises et allemandes du XVIIe siècle, déjà donné à Toulouse malheureusement desservi par l’acoustique extrêmement réverbérée et diluée de la très sulpicienne Collégiale de L’Isle-Jourdain, où trône une redoutable Pietà en caramel mou. Côté découverte, l’un des premiers concerts français de l’ensemble allemand Singer Pur, sextuor vocal (transformé en quintette pour cause d’aphonie d’un baryton) d’une remarquable finition de mise en place, avec un programme couvrant quatre siècles, où Debussy et Schütz voisinaient avec Erroll Garner. Belle soirée, même si la couleur de voix peu charmeuse de l’un des ténors vient parfois briser une homogénéité par ailleurs très travaillée.

Et surtout, le concert peut-être le plus intéressant, le plus émouvant et le plus sympathique de ce festival, la découverte du groupe Evasion. Leur dernier CD étant chroniqué par ailleurs (Lire notre chronique), on se contentera de dire ici quelques mots de leur formidable présence scénique. Car, au-delà d’un programme mêlant habilement chants populaires et chanson française, et où soufflait un vent frais et légèrement contestaire (ou plutôt contestataire avec légèreté) qui oxygène agréablement les cellules grises, il faut dire, encore, combien ces six drôles de filles savent créer l’émotion, l’esprit de la fête par ce presque rien qui fait le vrai théâtre : un pas de danse esquissé, un geste de la main, une mimique, tout est charme, séduction drôle, et tendre, et touchante à la fois. On hésite à risquer les mots d’» authenticité » et « sincérité », substantifs si galvaudés aujourd’hui qu’ils n’évoquent plus guère que des saucisses cellophanées. Mais, c’est sûr, il se dégage quelque chose d’un tel concert – appelez-le énergie, fraternité, plaisir, comme vous l’entendez. Et puis, privilège du « petit » festival, la rencontre qui suivit le concert permit de découvrir des filles drôles, enthousiastes, intelligentes et acérées, dotées d’un rare sens de l’autocritique, et parfaitement disponibles pour leurs « fans » d’un soir.

Alors, ma foi, si vous avez un jour envie d’aller voir si le bonheur est dans le pré, pourquoi ne pas faire coïncider votre départ avec ce festival ? Evitez tout de même la Collégiale de L’Isle-Jourdain…

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Chaque année, c’est pareil : on ne sait plus quoi faire pour vous convaincre que le Festival « Eclats de Voix », eh bien ! franchement, ça en vaut la peine. On vous a fait le coup de la campagne gasconne, vallées profondes et collines ensoleillées où s’accrochent quelques villages au pied d’églises forcément ancestrales ; on vous a rappelé les plaisirs de la table, foie gras, Madiran et le reste, histoire de racoler par l’estomac, tant on sait bien que musique et bonne chère vont souvent de pair

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