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Marie-Josèphe Jude, Piano au pied du Château

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Bouillon. Bastion de Bourgogne. 28-VII-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en fa majeur KV 332 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate en fa mineur op. 57 « Appassionata » ; Clara Schumann (1819-1896) : Romances op. 21 ; Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur op. 17. Marie-Josèphe Jude, piano.

VIe Rencontres musicales

Ce concert en plein air se déroule dans un décor qu’il est utile de décrire, et qui participe grandement à sa réussite musicale. Le Bastion de Bourgogne fait partie du réseau des fortifications basses de la ville de Bouillon. Situé dans une partie calme de la touristique cité ardennaise, dans une boucle de la Semois, le Bastion place les spectateurs dans un cadre grandiose, avec à leur gauche l’abrupte falaise sur laquelle est perché le château, et à leur droite le sombre massif couvert de gigantesques sapins qui fait office de rive gauche de la Semois. Au milieu, presque écrasé par ces impressionnants voisins, un piano, protégé par un chapiteau en forme de voile.

Au piano, , dans un programme intéressant et équilibré, formé d’œuvres bien adaptées au plein air. La Sonate KV 332 de Mozart n’est pas la meilleure partie du récital : lent et gourmé, trop « pianistique », le jeu de manque de simplicité et de clarté, et sa sonorité assez épaisse convient mal à Mozart. Les phrasés sont trop décomposés, la ligne n’est pas assez ferme, et les accrocs digitaux sont gênants.

Ces accrocs sont encore présents dans l’Allegro assai initial de l’Appassionata, mais ils sont beaucoup moins nombreux, et ne nuisent plus à la continuité du discours. Le Beethoven de Marie-Josèphe Jude est sombre, puissant et solidement construit, sa carrure renforcée par des basses sonores et musclées. Brûlante dans les emportements volontaristes du premier mouvement, elle aborde l’Andante con moto avec un rien de sophistication et d’affèterie, mais elle réussit la transition vers le finale de main de maître. Cet Allegro ma non troppo-presto est une course implacable, qu’elle mène avec une énergie désespérée et farouche. Techniquement très au point dans ce finale, elle ne se laisse pas impressionner par ses nombreuses difficultés, et parvient même à dominer le tempo démesuré du presto conclusif, pour donner une sonate Appassionata de grande valeur.

La nuit est tombée durant la pause, créant une ambiance qui convient très bien à la musique des Schumann. Tendre dans les Romances de Clara, Marie-Josèphe Jude aborde la Fantaisie de Robert avec un jeu libre, spontané et physique qui donne au colossal premier mouvement tout l’élan et tout le souffle nécessaires pour exprimer la passion amoureuse qui a inspiré l’œuvre. Le second mouvement est par contre assez raté : par manque de tension, à cause d’un toucher qui perd en densité et d’une fin de mouvement dans laquelle elle est proche de la noyade. Le finale lent est par contre un belle réussite, sensible et fiévreux, mais on y regrettera un jeu trop monochrome. En bis, la pianiste offre au nombreux public Vogel als Prophet, extrait des Scènes de la Forêt du même Schumann.

Les Rencontres musicales de Bouillon, c’est pour l’instant un seul concert par édition, mais Mme Hallet l’organisatrice aimerait en faire un véritable festival de piano. Le cadre est splendide, le public répond présent, voilà une base déjà très prometteuse.

Crédit photographique : © Anthony Dehez

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Bouillon. Bastion de Bourgogne. 28-VII-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en fa majeur KV 332 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Sonate en fa mineur op. 57 « Appassionata » ; Clara Schumann (1819-1896) : Romances op. 21 ; Robert Schumann (1810-1856) : Fantaisie en ut majeur op. 17. Marie-Josèphe Jude, piano.

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