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Festival Berlioz 2006 Vol I : Retour sur un des événements musicaux majeurs de l’été

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Après avoir quitté les grands axes, il faut s’enfoncer dans les petites routes parfois étroites et sinueuses du pays de Bièvre Liers, au milieu des maisons de terre du bas Dauphiné, pour gagner « une très petite ville de France. […] La côte Saint André est bâtie sur le versant d’une colline et domine une assez vaste plaine, dorée, verdoyante, dont le silence a je ne sais quelle majesté rêveuse, encore augmentée par la ceinture de montagne qui la borde[…] et derrière se dresse au loin, chargés de glaciers, les pics gigantesques des Alpes. » (Hector Berlioz, Mémoires)

Humilité, sobriété excellence !

Le village est quasiment inchangé. Les superbes Halles médiévales qui ont accueilli le festival à ses débuts il y a douze ans, n’ont rien perdu de leur éclat qui rivalise avec le ravissant château Louis XI qui accueille depuis 2003 un festival devenu incontournable pour les grands noms de la musique symphonique. Tout le village est mobilisé derrière l’équipe du Festival. Quatre salariés et deux cents bénévoles conduisent les efforts des élèves et professeurs des écoles et académies de musiques de la région, mais aussi des simples villageois ou commerçants qui pour quinze jours font de leur vitrine de véritables mémoriaux berlioziens. Ce qui frappe le mélomane venu se perdre dans ce coin de la France profonde, c’est la rencontre de la simplicité et de l’excellence. Lorsqu’il lança le festival en 1994, le sénateur Jean Boyer n’envisageait pas que cet hommage au plus célèbre des Côtois deviendrait l’un des rares festivals de musique symphonique en Europe. De cette humilité initiale reste, intangible, un réel esprit de famille, une grande sobriété au service de la musique et des artistes. Ici tout se passe avec chaleur et passion. Le festival Berlioz bien sûr, c’est l’orchestre symphonique de la Philharmonie nationale d’Ukraine, c’est la somptueuse symphonie Jupiter de Mozart par l’orchestre de chambre de Bâle, c’est encore l’, c’est Jean Claude Casadesus, ou tant d’autres virtuoses internationaux. Mais c’est aussi et peut être surtout, l’Académie du festival Berlioz composée des professeurs et élèves des écoles de musiques locales, c’est le serveur du restaurant qui en vous servant le menu unique du festival vous donne de mémoire les programmes des concerts du soir, c’est Marcelle, une vielle mémoire du festival qui ne manque aucun concert et couvre d’un maternel regard mêlé de respect et d’admiration. C’est aussi la présidente de l’association de restauration de la petite église de la Frette qui vous présente et commente avec grande qualité et érudition le concert de clôture sans aucune note. C’est la haie d’honneur des élèves des écoles de musique à la sortie des concerts au château Louis XI, pour vous souhaiter une bonne fin de soirée. Le festival Berlioz, c’est un chef d’orchestre qui prend tranquillement son petit déjeuner à la terrasse de l’hôtel du village et qui reçoit simplement les félicitations des clients et des passants. Le festival c’est encore « autour du festival » qu’il se vit. Tout le pays de Bièvre s’y atèle. Visites, musées, expositions, animations, marchés, concerts avant et après le festival. Berlioz qui voulait que la musique connaisse une plus grande diffusion sans perdre de son intelligibilité peut être fier de son village, le flambeau est repris. Mais le festival c’est aussi une programmation internationale, une logistique annuelle, une structure massive de 1500 places, à l’acoustique travaillée, c’est au final 1, 5 millions d’euros de budget.

Depuis 2003, année du bicentenaire, le festival Berlioz a pris un tournant. Sans perdre la chaleur de l’esprit de famille, il s’est nettement professionnalisé, avec à sa tête depuis de nombreuses années Bernard Merlino. Handicapé par le peu de structures d’accueil, le festival est longtemps resté local, victime de sa popularité et jouant à guichet fermé, il lui était impossible de décoller sans un nouveau souffle, une nouvelle salle. C’est désormais fait et le festival qui jusque là voulait rester discret (malgré sa large diffusion !) peut désormais honorer sa réputation et envisager avec sérénité un nouvel élan. L’édition 2006 s’est achevée avec brio le samedi 26 août au soir, sous l’incroyable baguette de , nous invitant à prendre date pour une nouvelle année d’excellence et de sobriété l’été prochain.

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