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Gstaad. Festival-Zelt. 25-VIII-2006 et 26-VIII-2006. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette. Jules Massenet (1842-1912) : La Méditation de Thaïs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur KV219. Dmitri Chostakovitch (1906-1976) : Symphonie n° 1 en fa majeur op. 10  ; Concerto n° 1 pour violon et orchestre en la mineur op. 77. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893). Symphonie n° 6 « Pathétique » op. 74. London Symphony Orchestra. Maxim Vengerov, violon. Valery Gergiev, direction.

Menuhin Festival Gstaad 2006

À l’opéra, au concert, le prix des places est proportionnel à la distance entre l’auditeur et la scène. À Gstaad, si tous les sièges jouissent d’une excellente visibilité, c’est l’acoustique qui détermine le prix des places. Les grands concerts sont donnés dans une énorme tente. Au fil des ans, l’acoustique de cette immense bâtisse a été étudiée et sensiblement améliorée. Une sonorisation relayée par une série de haut-parleurs postés sur les côtés de la scène asperge discrètement la salle avec un son d’ensemble tout à fait acceptable. Malheureusement, à cause de la directivité de ces haut-parleurs, les gradins de côtés sont inondés d’un son ressemblant plus à celui d’une halle sportive qu’à celui d’une salle vouée à l’écoute de concerts de musique classique. Ces conditions d’écoute désastreuses gomment l’émotion, la vibration qu’on attend de la présence d’un orchestre en direct.

Impossible, dans ces conditions, de faire un compte-rendu objectif de la prestation du premier concert du . Et pourtant, avec l’extraordinaire chef d’orchestre , les conditions étaient idéalement réunies pour que la soirée soit aussi, sinon plus, enthousiasmante que celles que cet ensemble avait offertes l’an dernier (avec Bernard Haitink et Colin Davis). D’abord étonné d’entendre les bois couvrant constamment les violons, il aura fallu qu’une harpe supplante l’ensemble de ces mêmes cordes pour que la logique acoustique de l’oreille décèle ce problème de sonorisation. Si les interventions de cette harpe envahissante étaient aussi dérangeantes que comiques, le volume exagéré des percussions a finalement ruiné l’écoute la Symphonie n° 1 en fa majeur op. 10 de . Tout au plus, le Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur KV219 de , joué avec une formation réduite du Symphony Orchestra a pu être entendu dans des conditions presque acceptables. Mais l’inadéquation actuelle de Valéry Gergiev à l’univers chambriste mozartien n’arrange rien. Le pouce et l’index formant un petit cercle, le chef se borne à battre la mesure sans jamais imprimer une quelconque image à ce concerto. Disparu le merveilleux conteur de la musique, le violon d’un en petite forme, ânonnant quelque peu sa partition, n’a pas réussi à soulever de grands bravos.

Le concert du lendemain vécu depuis des places mieux centrées a confirmé le réel malaise du jour précédent. Certes la sonorisation reste encore perceptible, surtout pour l’auditeur dont l’attention est aiguisée par son expérience de la veille. Les sons arrivent-ils de l’orchestre ou des haut-parleurs ? Si les bois semblent toujours prédominants, l’écoute est autrement plus acceptable que lors du précédent concert. L’orchestre, le merveilleux affirme sa présence avec ses superbes violons, et ses autres magnifiques pupitres. Dès les premières mesures du Concerto pour violon et orchestre de Dmitri Chostakovitch, l’émotion est palpable. Très inspiré, porté par la musique et l’admirable direction d’orchestre de Valéry Gergiev, , en très grande forme cette fois, offre un violon de rêve. Sensible à l’extrême, le Russe régale l’audience d’une interprétation parsemée de pianissimi transparents issus d’un autre monde. Exposant à merveille l’intimité du premier mouvement, la rudesse du second et le pathos presque « beethovénien » du troisième, c’est au terme d’un quatrième mouvement endiablé, fruit d’une parfaite symbiose entre le chef, l’orchestre et le soliste que le climat s’enflamme. Attentifs aux autres musiciens, aux plus infimes modulations, comme aux plus grands déferlements sonores, tant l’orchestre que le soliste s’est fondu dans l’émotion de cette musique à l’intensité passionnelle exceptionnelle. Le public ne s’y est pas trompé, réservant sans réserve l’explosion de ses acclamations à cette nouvelle pierre blanche à porter au crédit de l’histoire du Festival Menuhin.

En deuxième partie, Valéry Gergiev dirige la Symphonie n° 6 « Pathétique » op. 74 de Piotr Illich Tchaïkovski. Il n’est scène au monde où le chef russe n’a pas récolté les ovations du public pour son interprétation d’une œuvre dont il possède tous les recoins. Mais ce soir, la vague Chostakovitch avait déjà déferlé. Emportant tout dans ses débordements géniaux, elle n’a laissé qu’une place de « vient ensuite » à une Pathétique se débattant avec courage et lyrisme.

Crédit photographique : © DR

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Gstaad. Festival-Zelt. 25-VIII-2006 et 26-VIII-2006. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette. Jules Massenet (1842-1912) : La Méditation de Thaïs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon et orchestre n° 5 en la majeur KV219. Dmitri Chostakovitch (1906-1976) : Symphonie n° 1 en fa majeur op. 10  ; Concerto n° 1 pour violon et orchestre en la mineur op. 77. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893). Symphonie n° 6 « Pathétique » op. 74. London Symphony Orchestra. Maxim Vengerov, violon. Valery Gergiev, direction.

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