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Début de saison de l’Orchestre du Capitole : Brahms à plein régime

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Toulouse. Halle aux Grains. 14-IX-2006. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 en ut mineur op. 68. Renaud Capuçon, violon. Orchestre National du Capitole, direction : Tugan Sokhiev.

Nouvelle saison rime avec bonnes résolutions, et l’on s’aperçoit qu’à force de suivre, concert après concert et depuis des années, l’évolution de l’orchestre de Toulouse, on en finit par ne plus rendre compte que de points de détails – le renforcement du pupitre des violons, l’assurance nouvelle des cuivres… – comme si tout un chacun savait déjà le reste. Mais, comme il paraît qu’une portion non entièrement négligeable de la planète n’habite pas la Ville Rose, il faut aussi penser à ces lointains déshérités. Alors, que répondre à qui demanderait : « C’est quoi, l’orchestre du Capitole ? »

Eh bien ! un orchestre à la croisée des chemins, qui garde quelque chose de typiquement français dans la clarté sonore générale et un jeu d’ensemble plus individualisé que fondu, mais qui montre, depuis la récente venue de à sa tête, une homogénéité d’attaque plus grande et un meilleur équilibre des plans sonores. Les bois, particulièrement brillants et traités en solistes, font jeu égal avec un pupitre des cordes encore un peu hétérogène – beaux violoncelles chantants, violons incisifs plus que chaudement lyriques, altos parfois un peu fragiles et contrebasses en retrait, au moins quant au volume. L’acoustique assez sèche et absorbante de la Halle aux Grains n’est sans doute pas pour rien dans cette impression. Bref, une matière sonore typée et pourtant malléable, car les musiciens savent s’adapter aux désirs du chef et aux différents répertoires sans perdre cependant ces caractéristiques aisément reconnaissables.

Avec cette Symphonie n°1, inaugure un cycle Brahms qui se poursuivra… le 4 mai avec la Symphonie N° 4 ; il n’y a pas le feu. Son Brahms juvénile, nerveux, concentré et rythmique avoue clairement sa filiation beethovénienne et fuit toute brume automnale. Tempi d’enfer, contrastes abrupts, accélérations au turbocompresseur ; un Brahms seize soupapes à injection directe, où le geste musical semble porté par une recherche permanente de l’effet sonore. Et cela marche d’ailleurs fort bien en un sens, car tout est maîtrisé, millimétré et le rouleau compresseur d’un orchestre à plein régime a quelque chose de physiquement très impressionnant. On peut penser, cependant, que l’écriture du compositeur demande plus de souplesse et de finesse, que les tempos rapides, jusque dans le mouvement lent, ne permettent pas toujours à la phrase de respirer ou de trouver un balancement naturel, que l’accélération finale évoque plus l’ouverture de Rousslan et Ludmilla de Glinka qu’une page du romantisme allemand. Car ce Brahms cassant n’est pas toujours chantant, l’effet à court terme, et prévisible, semble prendre le pas sur la richesse polyphonique et la construction dramatique. Comme le disait Rossini à une cantatrice qui lui avait fait entendre une version un peu trop ornée d’un de ses airs : « C’est très beau, mais de qui est-ce ? »

Même rutilance dans le Concerto de Tchaïkovski, mais semble bien fragile, couvert le plus souvent par un orchestre qui marche pourtant sur des œufs. Et les traits rapides manquent de pureté, plus esquissés que vraiment articulés, sans parler de la justesse parfois relative. Bref, un faux-pas décevant que ne faisait pas attendre un récent Concerto de Mendelssohn de meilleure venue.

En tout cas, l’orchestre toulousain semble plein d’énergie pour sa rentrée, gonflé à bloc même. Les vacances sont finies, ça va chauffer à la récré !

Crédit photographique : © Worcester Festival 2006

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Toulouse. Halle aux Grains. 14-IX-2006. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 en ut mineur op. 68. Renaud Capuçon, violon. Orchestre National du Capitole, direction : Tugan Sokhiev.

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