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Les Arts Florissants et Mozart

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées 15-IX-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Idomeneo re di Creta, opera seria en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en espace : Elsa Rooke. Avec : Paul Agnew, Idoménée ; Tuva Semmingsen, Idamante ; Claire Debono, Illia ; Violet Noorduyn, Elettra ; Carlo Vincenzo Allemano, Arbace et le Grand Prêtre ; Simon Kirkbride, la Voix ; chœur et orchestre Les Arts Florissants, direction : William Christie.

Idomeneo, re di Creta

C’est de Karl Theodor, électeur de Bavière, que reçoit la commande d’un opera seria en 1780, sans doute celui qu’il aurait voulu écrire pour Aloysia Weber lorsqu’il était à Mannheim et qu’il briguait un poste à la cour du même Karl Theodor dans l’hiver 1777-1778, alors qu’il voyageait pour Paris avec sa mère. Pour satisfaire à la demande des autorités bavaroises, Mozart demande au chapelain du prince-archevêque Colloredo, Giambattista Varesco, une adaptation en trois actes du livret français d’Antoine Danchet destiné à la tragédie lyrique Idoménée d’André Campra (1712) dont Mozart ignore totalement la musique. Idomeneo, re di Creta est créé avec succès le 29 janvier 1781 à Munich, un an seulement avant L’Enlèvement au sérail qui scelle la reconnaissance des Viennois vis à vis d’un musicien libéré de ses tutelles salzbourgeoises et en pleine possession de son art.

Si la facture est encore très proche du modèle un peu figé de l’opera seria, Mozart, qui intitule son ouvrage « dramma per musica », multiplie les récitatifs accompagnés par l’orchestre, d’une force expressive bien supérieure, et y ajoute des chœurs qui rompent la monotonie des enchaînements et comptent parmi les plus belles pages de l’ouvrage.

A la tête des Arts Florissants et sur la scène du théâtre des Champs-Élysées ce vendredi 15 septembre, proposait une version de concert de l’ouvrage, laissant à Elsa Rooke la tâche délicate et somme toute peu aboutie de diriger les chanteurs dans un espace très confiné qui sembla davantage les contraindre que servir la vérité dramatique. La distribution n’en est pas moins remarquable, qui faisait entendre, aux côtés de – une Ilia très touchante servant avec justesse les traits de son personnage – la superbe voix de mezzo-soprano de Tuva Semmingsen – Idamante, chanté à la création par une voix de castrat – dont on regretta cependant le manque d’élégance qui sied à la noblesse de son rang. Dans le rôle-titre, que l’on peut admirer pour la suavité de son timbre et la souplesse de son phrasé manque d’évidence de l’autorité vocale et de la puissance exigées par le rôle. Le ton doloriste qu’il adopte le plus souvent est loin de détailler toutes les nuances psychologiques du personnage. A ses côtés, Carlo Vincenzo Allemano dans les rôles d’Arbace et du Grand Prêtre fait valoir la richesse de son timbre et l’épaisseur dramatique émanent de sa personnalité. Les deux airs de fureur d’Elettra bafouée dans son amour sollicitent les qualités éminemment mozartiennes de Violet Noorduyn qui, bercée par de douces espérances dans le deuxième acte, partagera avec le chœur – « Su, su, partiamo » – un des instants les plus beaux de la soirée : une émotion que suscitera d’ailleurs chaque intervention du chœur – n’ont pas leur pareil ! – merveilleusement intégré à l’action comme il le sera dans Les Noces de Figaro. Avec la même ductilité dans sa direction et ce bonheur complice qu’il partage depuis près de trente avec son ensemble, insuffle l’énergie, creuse la dramaturgie, assure l’équilibre des pupitres, réservant comme à son habitude quelques trouvailles sonores comme ces trompettes naturelles bouchées accompagnant l’intervention du « deus ex machina » qui auraient ravi les oreilles du divin Amadeus.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées 15-IX-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Idomeneo re di Creta, opera seria en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en espace : Elsa Rooke. Avec : Paul Agnew, Idoménée ; Tuva Semmingsen, Idamante ; Claire Debono, Illia ; Violet Noorduyn, Elettra ; Carlo Vincenzo Allemano, Arbace et le Grand Prêtre ; Simon Kirkbride, la Voix ; chœur et orchestre Les Arts Florissants, direction : William Christie.

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