Réouverture de l’Opéra de Rouen

Theatre_des_Arts_de_RouenAprès un an passé « hors les murs », l’Orchestre de l’Opéra de Rouen rentre chez lui, au Théâtre des Arts. Il n’a déjà pas été facile pour son directeur général et artistique, , de mettre sur pieds une saison dite nomade, il n’était guère plus aisé de réussir le retour de l’enfant prodigue.

A cela, répond : « une saison est toujours composée de contraintes et d’opportunités. » Finalement, le génie du directeur artistique est de faire de ces contraintes, toujours nombreuses, une opportunité. Parmi les celles de la nouvelle saison, la réintégration du Théâtre des Arts ne fut pas la moindre. Qu’à cela ne tienne, l’équipe de l’opéra en a fait son fil rouge. Le défi ici, était de conserver les nombreuses richesses que les différents ensembles de l’opéra ont découvertes et expérimentées au cours de cette année itinérante. Pendant près d’un an ce n’est pas le public qui est venu à l’opéra, mais l’opéra qui s’est rendu chez le public dans les différents quartiers de la ville et de l’agglomération. Descendant de sa grande salle, pour se conformer aux exigences d’endroits plus modestes, l’orchestre comme les chœurs sont allés à la rencontre d’un autre public, sans pour autant perdre ses habitués (quoique !). Les nécessités d’adaptation tant à l’acoustique qu’à une certaine promiscuité parfois, furent autant de richesses qu’un retour au bercail risquait de faire disparaître. Alors, puisque l’itinérance fut la source de cette richesse, il fallait en retour que l’opéra invite son public au voyage.

Pour le réussir, il fallait tenir compte du navire maintenant à la disposition de l’opéra. Désormais un flambant neuf, une taille de fosse moyenne plutôt favorable au classique ou au bel canto, un plateau scénique de 19m qu’il convient de meubler. Mais le voyage se fera également à bord d’autres salles découvertes grâce à la saison nomade, comme la Halle aux Toiles, pour la musique de chambre. Daniel Bizeray fera prendre au voyage toutes les formes qu’il peut revêtir. Voyage autour du monde bien sûr, avec Madame Butterfly, Un Violon sur le toit, Le Vaisseau fantôme, ou encore Candide. Voyage dans le temps avec le Bourgeois Gentilhomme, à la bougie, comme à l’époque de Louis XIV. Après avoir voyagé, l’opéra veut faire voyager et inviter sur sa scène le monde entier. Jamais une saison rouennaise n’aura vu autant de chefs invités.

Parmi les contraintes à intégrer dans ce voyage, il faut signaler la place que la voix occupe dans la tradition de l’opéra. La mission voix développée avec la Ville de Rouen, est l’occasion d’un vaste travail, tant avec la maîtrise du conservatoire qu’avec le grand chœur de l’académie (qui comprend l’opéra ainsi que le chœur de chambre de Rouen). Le chœur de l’opéra, jusque là largement renforcé de membres d’Accentus, devient désormais autonome, sous la direction de Daniel Bargier et Gildas Pungier, dans le but d’approfondir le répertoire classique, dans le même esprit d’interprétation que celle sur instruments classiques avec archets classiques qui caractérise la double pratique des cordes de l’orchestre de l’opéra. C’est une saison test, avoue Daniel Bizeray, pour ce chœur en constitution qui recrute sur toute la Normandie, la Picardie et l’ouest parisien. La constitution de l’orchestre, son histoire, imposent un répertoire, certes vaste, mais essentiellement compris entre Mozart et l’époque contemporaine. Il ne restait dès lors qu’à trouver les chefs les plus adéquats pour partager le pupitre avec Oswald Sallaberger, tout en tenant compte des thèmes chers à l’orchestre que sont les musiques françaises, américaines et pour cette saison scandinaves.

Pour parfaire ce voyage, entre disponibilités des uns, potentiels de la salle et exigence du public, il fallait encore respecter une tradition : le rapport entre la musique et la danse, compte tenu de la scène et de la fosse et des possibilités de répétitions pour pas moins de 150 levers de rideaux, parmi lesquels des représentations pour les familles, afin d’inviter les enfants au voyage, par des concerts allégés, comme La Jeunesse de Candide, ou encore lors de répétitions d’orchestre.

Question subsidiaire et personnelle il est vrai, pourquoi explorer Haydn ? Réponse claire qui plaira aux amateurs : « ce devrait être le pain quotidien d’un orchestre. » Qui connaît Haydn sait combien profonde est cette réflexion ! Elle invite à elle seule au voyage.

Crédits photographiques : © Arnaud Serander

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