Bertini et la musique française

À emporter, CD, Musique symphonique

Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 ; Concerto pour piano et orchestre en sol ; La Valse. Claude Debussy (1862-1905) : La Mer ; Nocturnes ; Prélude à l’après midi d’un faune. Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique op. 14a ; le Carnaval Romain, ouverture op. 9 ; Benvenuto Cellini, ouverture. Kölner Rundfunkchor, (chef de chœur : Herbert Schernus) ; Kölner Rundfunk-Sinfonie-Orchester, direction : Gary Bertini. 3 SACD Hybrides Capriccio. Référence 10 092 (Debussy), 71 093 (Ravel), 71 094 (Berlioz). Enregistré en concert entre 1989 et 1995. Notices de présentation en allemand, français et anglais. Durée : 50’16 (Ravel), 58’18 (Debussy), 71, 54 (Berlioz)

 

La première fournée de l’édition dirigée par le chef d’orchestre par le label Capriccio nous avait laissé plutôt de bois (lire ici, ici et ici, la chronique de ces enregistrements). Fort heureusement, cette seconde livraison consacrée à la musique française est d’un niveau autrement satisfaisant.

Grand amateur de Berlioz et auteur d’une excellente version de son Requiem enregistrée en 1984 pour le label EMI, le chef d’orchestre sait trouver le ton juste pour animer ces Episodes de la vie d’un artiste. Bertini met d’emblée la barre très haut avec un premier mouvement parfait de maîtrise et d’engagement. Hélas, la célèbre Valse fait retomber la tension, et l’ensemble sonne de manière assez fonctionnelle. Le chef réussit à transcender la scène aux champs, aidé par des solistes inspirés. La Marche au supplice est bien menée, en dépit d’un aspect un peu massif et trop mécanique. Le dernier mouvement est des plus curieux, on sent que le chef d’orchestre souhaite rendre la démesure de ce Songe d’une Nuit du Sabbat, il ralentit le tempo et il cherche des teintes grotesques et fantomatiques. L’orchestre lui répond certes avec une totale maîtrise instrumentale mais aussi avec quelques lourdeurs. En dépit d’un finale un peu brutal et brouillon, cette interprétation de concert d’un orchestre allemand est très intéressante, bien plus que les essais passablement ratés de Karajan à Berlin (DGG) et Eschenbach avec l’Orchestre de Paris (Naïve). Le prix de ce disque réside dans des interprétations échevelées des ouvertures du Carnaval romain et de Benvenuto Cellini du même Berlioz, emportées avec une fougue digne de Charles Munch.

L’album Debussy se tient plutôt bien. La Mer, conduite avec une belle attention portée aux équilibres entre les lignes, touche à la perfection. Cette très grande interprétation manque juste d’un léger fondu dans les phrasés, mais elle peut être considérée comme une référence discographique. Les Nocturnes souffrent d’un manque de naturel. Le chef prend son temps, l’orchestre tente de trouver, avec assez de succès, les teintes idoines, mais l’ensemble est trop mécanique. Nuages est trop attentiste, Fêtes s’avère bien trop lourd et Sirène est mieux venu mais le tempo est trop rapide. L’auditeur est réconcilié avec le chef grâce à un magnifique Prélude à l’après midi d’un faune, conclusion de cet album.

Le disque consacré à s’ouvre par une très belle et assez contemplative seconde suite de Daphnis et Chloé. Les tempi sont assez amples et le chef réussit à construire une interprétation narrative et puissante. On regrette juste un léger manque de progression dans la Pantomime. Le Concerto en sol est transcendé par le jeu éternellement fluide et virevoltant de Martha Argerich qui semble improviser sa partie. L’orchestre galvanisé rivalise de perfection et de couleurs pour se hisser au niveau de sa soliste. On redescend malheureusement de plusieurs marches avec une honorable, mais peu convaincante Valse. Si Bertini rend assez bien le balancement du rythme, il ne sait pas unifier les transitions ni gérer les dynamiques.

En conclusion, ces trois albums dressent le portrait d’un chef attentif à l’équilibre entre les lignes et à la gestion narrative de ces partitions. On sent sa passion pour ces compositeurs. Cet amour semble transmis à un orchestre de la radio de Cologne qui sait sonner pour sublimer ces pièces. Dans un contexte discographique pléthorique tant numériquement que qualitativement, ces interprétations, à l’exception de La Mer, ne peuvent pas s’imposer comme des références absolues, mais elles dressent un beau portrait d’un chef qu’il serait dommage de négliger.

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