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Nouvelles de l’Ouest

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Maison de la Radio – salle Olivier Messiaen. 22-IX-2006. Charles Ives (1874-1954) : Concord Sonata (2ème mouvement : Hawthorne) ; Symphonie n°4 (reconstitution : Henry Cowell et Lou Harrisson). Elliott Carter (né en 1908) : Dialogue pour piano et orchestre de chambre. Frank Zappa (1940-1993) : the adventures of Greggery Peccary (reconstitution : Ali N. Naskin). Pierre-Laurent Aimard, piano ; David Moss, the Narrator ; Omar Ebrahim, Greggery Peccary ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, chef assistant : Alejo Perez ; direction : Péter Eötvös.

Ouverture de la saison 2006-2007 de Radio-France

La musique contemporaine américaine ET inventive existe. Exit Adams, Glass, Reich, Riley et consorts, Radio-France ouvre son ultime saison sur un visage trop mal connu ces dernières années de la créativité d’outre-Atlantique. Pourtant, tout dans ces trois compositeurs a de quoi charmer nos oreilles actuelles.

De la vaste Concord Sonata, –pour qui cette musique complexe semble aussi évidente que les Concertos de Beethoven qu’il a récemment enregistrés – n’en a présenté que le 2ème mouvement, Hawthorne, vaste entrechoc de 12 minutes de clusters et motifs populaires, repris dans la Symphonie n°4. Une symphonie curieuse au destin malheureux, sa création partielle en 1927 s’étant faite sous les huées du public, dérouté par les quarts de ton, les instrumentistes disséminés dans le public et les superpositions sonores… Faite en quatre vastes mouvements, demandant parfois l’intervention d’un chœur (pour l’occasion disséminé dans le public), cette Symphonie n°4 est un laboratoire expérimental à elle toute seule. L’orchestre est déjà dans une disposition curieuse : les vents entourent le chef tandis que les cordes sont reléguées en fond de scène, juste devant l’imposant pupitre de percussions. Un groupe de cordes et harpes est décentré, tandis que quelques percussionnistes délaissent leurs compagnons au dernier mouvement pour rejoindre le fond de la salle. La polyphonie (ou plutôt polyrythmie) fort complexe, faite non seulement de thèmes mais aussi de tempi superposés (d’où la nécessité d’un second chef d’orchestre) exige de l’auditeur toute perte de repères sonores. L’idéal d’Ives était aussi la perte des repères spatiaux, avec la mise en musique de deux fanfares distantes qui peu à peu s’approchent et se croisent, mais les salles de concert ont leurs limites. Une œuvre composite, sorte d’hydre musicale, un monstre créatif sur lequel on s’extasie ou s’interroge, mais qu’on ne peut haïr tant celui-ci suscite la curiosité. N’oublions pas que Ives, qui a utilisé la série de douze sons dès 1900 dans son Quatuor n°1, a commencé à songer à cette œuvre – son testament musical, puisqu’il a rapidement cessé de composer pour devenir agent d’assurance, un métier certainement plus lucratif – dès 1909, anticipant de plus d’un demi-siècle les polyrythmies de Scelsi ou Ligeti. Sous les baguettes précises et attentives d’Alejo Perez et , l’Orchestre Philharmonique de Radio-France ne s’est pas laissé décontenancer dans cet entrelacs de lignes mélodiques et rythmiques.

est un fringant jeune homme presque centenaire. Son Dialogue, écrit en 2003, le prouve. Musique fort personnelle, semblable à aucune autre, est toujours d’une inventivité constante. Conçu dans l’esprit du concerto grosso, Dialogue ne voit jamais le piano affronter le reste de l’orchestre mais s’allier à différents groupes instrumentaux qui jamais ne s’opposent. Trop peu connu en France, la musique de Carter est – outre son intérêt créatif évident – d’une approche aisée, et ne renonce pas au langage tonal sans pour autant verser dans le passéisme.

Avec the adventures of Greggery Peccary nous retombons dans le choc des cultures vécu en première partie de concert avec Ives. convoque tout aussi bien Satie, Stravinsky et Varèse que Spike Jones et Herbie Hancock, dans une curieuse histoire de personnage de Tex Avery qui aurait consommé trop de LSD. Satire de la société de consommation américaine des années 70, Greggery Peccary est un cochon déjanté à l’ascension sociale fulgurante. La partition est à l’image de l’histoire, et convoque, outre une formation de chambre (cordes par deux, vents par un ou deux, claviers divers, vaste pupitre de percussions avec machine à écrire) trois guitares électriques et un système MDI pour restituer le bruit d’un ascenseur, de deux radios, du chœur des secrétaires de Peccary ou plus simplement d’un piano désaccordé. Pour donner corps à cette comédie musicale surréaliste, il ne fallait pas moins qu’Omar Ebrahim (déjà remarqué il y a deux ans dans Angels in America) et dans les parties récitées pour en restituer la folie douce et l’esprit franchement décalé. dirige une musique qui lui est bien connue, puisque Zappa était déjà dans les années 80 au répertoire de l’Ensemble InterContemporain, sur instigation de Pierre Boulez (il en restera toujours quelques-uns pour le trouver encore trop élitiste…). Eötvös dirige un Philar survolté – il y a de quoi – mais qui au final a laissé une bonne partie du public de marbre… Les histoires de petit cochon aux herbes n’ont visiblement pas été du goût de tout le monde.

Crédit photographique : © Guy Vivien

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