Yutaka Sado à la tête de l’Orchestre de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 5-X-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°33 en sib majeur K. 319 ; Henri Dutilleux (né en 1916) : Timbres, Espace, Mouvement ou « la Nuit étoilée » ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°5 en ré mineur op. 47. Orchestre de Paris, direction : Yutaka Sado.

Concert anniversaire, ce jeudi 5 octobre, pour l’ qui fêtait dans la même soirée les trois compositeurs honorés tout au long de cette année 2006, Mozart, Dutilleux et Chostakovitch. On retrouvait aussi avec un immense plaisir à la tête de la phalange parisienne le chef dont l’enthousiasme communicatif et l’investissement personnel dans la direction réservent toujours au concert des moments privilégiés. L’attente était d’ailleurs comblée dès les premières pages de la Symphonie n°33 en sib majeur de Mozart, avant-dernière symphonie salzbourgeoise écrite entre 1779 et 1780 juste avant le grand départ pour Vienne. Conçue dans l’élégance et le raffinement d’un discours sans ombrage, l’œuvre compte à l’origine trois mouvements auxquels Mozart rajoute ultérieurement un Menuet. Tout en rebond et en légèreté, le geste de – renonçant pour l’heure à sa baguette – communique à l’orchestre un superbe élan et confère à la texture sonore une transparence lumineuse. Le dernier mouvement de la symphonie pétillant d’allégresse et très théâtral jaillit comme un bouquet final mettant en valeur l’éclatant pupitre des bois.

Fidèle à cet orchestre qui depuis le début de la saison lui rend un vibrant hommage en programmant pour son quatre-vingt-dixième anniversaire ses plus belles pages d’orchestre, était dans la salle pour écouter Timbres, Espace, Mouvement, une œuvre composée en 1978 et dédiée à Mstislav Rostropovitch qui la crée à Washington avec le Washington National Symphony Orchestra. Conçue en deux mouvements, Nébuleuse et Constellations reliés par un prélude, l’œuvre se réfère à la toile de Van Gogh « la Nuit étoilée » qui suscite au compositeur des correspondances sonores. Elle fait appel à un dispositif orchestral spécifique réduisant le pupitre des cordes à onze violoncelles tenant le devant de la scène et neuf contrebasses qui s’opposent aux sonorités lumineuses des vents et à l’éclat percussif des métaux. Un parti pris audacieux de la part de Dutilleux qui tente de percer le mystère d’une œuvre à travers une recherche de couleurs et de contrastes permanents entre un temps « suspendu » et des fulgurances spectaculaires ménagées par Yutaka Sado avec une autorité du geste qui tient l’auditoire en haleine jusqu’au flamboiement final.

Autre prouesse orchestrale, la Symphonie n°5 en ré mineur de réclame elle aussi un engagement total de la part de ses interprètes. Composée en 1937, à une époque où le compositeur russe, après sa première « disgrâce », tente de revenir à un langage « esthétiquement correct », cette grande fresque de quarante-cinq minutes nous fait vivre de l’intérieur la lutte pathétique entre un besoin viscéral d’exprimer une vérité et l’obligation de la part de Chostakovitch de se conformer à la voix du Parti qui, bien souvent, « sonne faux » malgré l’allégeance à la tonalité et aux fanfares populaires. C’est cette ironie presque mahlérienne qui ressort de l’interprétation très bien sentie de Yutaka Sado conduisant par ailleurs les longs récitatifs des cordes avec une tension expressive tout à fait impressionnante. A l’instrumentation brillante et bien lustrée du deuxième mouvement frisant parfois le ricanement, s’oppose la sombre dépression du mouvement lent avant l’explosion finale où la voix du peuple se fait entendre avec ses accents populaires et son excès d’enthousiasme qui n’affranchit pas du désespoir.

Crédit photographique : © DR

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