Concours, La Scène

61ème Concours de Genève (Quatuors)

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Genève. Conservatoire de Genève. Du 01-X-2006 au 8-X-2006. Finale de la Compétition des quatuors

Ils sont quatre jeunes gens. Vêtus d’une chemise rouille sur un pantalon noir, ils entrent en scène avec énergie et détermination. Rapidement en place, le Quatuor Esteves (France) entame le Quatuor n°4 Sz 91 de Belà Bartok. D’emblée, il convainc par sa concentration, son homogénéité, sa communion au seul service de la musique. Malgré les très fortes personnalités qui émergent de chaque musicien, rien ne les éloigne de l’écoute attentive de l’autre. Ils habitent la musique qui les habite. Une exceptionnelle manière de vivre qui trouvera son apothéose dans le 2e mouvement (Molto adagio) du Quatuor en mi mineur op. 59 n°2 de Beethoven qu’ils imprègnent d’une grande sérénité. Libérés des contraintes de la partition, ils sont dans l’instant musical, ouvrant l’âme à la paix intérieure. Beethoven est en eux. Respirer la musique dans cette émotion est un fait rare dont il faut goûter chaque seconde comme un don du ciel. L’envie vient d’arrêter le temps pour savourer l’éternité de cette plénitude.

Si un tel cadeau suffit souvent à combler l’auditeur d’un concert, les exigences d’un concours sont autres. Comme si les concours étaient une chose et la musique une autre. Mais comment courir si on ne sait pas encore marcher ? Pour ces raisons et pour s’assurer de la constance des musiciens dans la carrière professionnelle qu’ils vont affronter, les juges se doivent d’être impitoyables. Pour être à chaque concert au mieux de sa forme, il faut être d’une sévérité exemplaire sur la justesse du son, sur le respect de la partition, sur la totale harmonie des niveaux sonores entre les interprètes, sur l’apport de chacun, sur l’esprit commun. Tant d’éléments qui nécessitent des années de travail, des remises en question continuelles, des joies et des peines pour des musiciens qui donnent tout à cette musique et qui, dans cette société de compétition, se mesurent inévitablement aux autres. Comme si on pouvait mesurer la musique. Comme si les émotions étaient quantifiables. Comme si un musicien avait le droit de juger la musique d’un autre musicien. Mais le monde de la musique est ainsi fait, que les exigences d’un public avide de nouvelles stars en ont déterminé, sinon les règles, du moins le besoin.

Parce que le premier violon, par ailleurs excellent violoniste, n’est pas toujours dans la justesse et parce que le deuxième violon et l’altiste ne sont pas toujours dans la force d’un son. Et parce que ceci, et parce que cela, et parce que cent petits détails techniques qui font partie de l’exigence incorruptible de la musique, le Quatuor Esteves n’a pas obtenu le prix pour lequel il était venu se présenter aux impitoyables jugements de leurs pairs. Déception, résignation, incompréhension, tant de questions les habitent au lendemain du verdict même s’ils sont conscients de la qualité de leur performance. Ils repartent, avec un troisième prix ex-aequo avec le Quatuor Galatea (Suisse), devancés par l’ensemble du (France) qui a obtenu le deuxième prix principalement pour sa musicalité, alors que techniquement (surtout dans les quatuors de Beethoven), le Quatuor Esteves leur a été supérieur.

Ainsi malgré les efforts de chacun, le jury a très justement conclu qu’aucun des concurrents en lice ne méritait un premier prix. Alors pourquoi parler de celui qui n’a pas gagné ? Parce que, en dehors des contraintes techniques, des exigences musicales, le Quatuor Esteves est apparu comme le seul ensemble de ces finales à avoir offert aux néophytes, aux ignorants des détails exigeant de la musique de chambre, ces quelques minutes d’un frisson que les autres concurrents n’ont pas donné. Et la Musique, classique ou autre, n’a de sens que par l’émotion qu’elle procure.

Si l’intérêt d’entendre ces jeunes musiciens demeure un privilège, il est indéniable que cette discipline de la musique classique ne s’affirme qu’à travers des musiciens d’expérience, plus aguerris que la bouillante jeunesse que le Concours de Genève a présentée. Peut-être faudrait-il alors porter la réflexion vers un relèvement de l’âge maximum des concurrents des épreuves de quatuors. Le niveau de maturité des musiciens élèverait du même coup la valeur d’un prix récolté à ce concours.

Détails du concours et résultats : http://www.concoursgeneve.ch

Crédit photographique : © Quatuor Esteves et concours de Genève

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Genève. Conservatoire de Genève. Du 01-X-2006 au 8-X-2006. Finale de la Compétition des quatuors

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