Resmusica Rouge

Verdi en français…pour qui ?

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Giuseppe Verdi (1813-1901) : Jérusalem. Mise en scène : Piergiorgio Gay. Décors et costumes  : Danilo Donati. Chorégraphie : Mauro Bigonzetti. Avec : Ivan Momirov, Gaston ; Veronica Villarrœl, Hélène ; Federica Bragaglia, Isaure ; Alain Fondary, Le Comte de Toulouse ; Carlo Colombara, Roger ; Carlo di Cristoforo, Adhémar de Monteuil. Chœur et orchestre du Théâtre Carlo Felice (chef de chœur : Ciro Visco), direction : Michel Plasson. Réalisation : Ermanno Olmi. Enregistré en novembre 2000 au Teatro Carlo Felice de Gênes. Sous titrage en français, italien, anglais, espagnol, allemand. 2 DVD TDK Références 983-926-6. Toutes zones. Durée 2h 46’.

 

Depuis quelques années la discographie de s’est vue agrémentée des versions françaises de ses opéras. Parfois re-cuisinées mais, hormis Don Carlos (dont l’original est dans la langue de Molière), l’intérêt de ces phagocytages reste d’un intérêt limité pour le grand public. Si toutefois le disque peut apporter un léger intérêt à l’écoute d’une œuvre dans sa version originale et si sa reproduction scénique et sa retransmission en DVD n’ont qu’un intérêt limité, il est bon de laisser s’en régaler l’amateur éclairé, le collectionneur insatisfait et le musicologue chatouilleux.

Alors pour qui ce DVD ? La question reste posée sans pouvoir en donner une réponse satisfaisante. Sans aucun doute, l’effort des producteurs de cette représentation s’est porté sur l’idée de donner au public le Jérusalem tel qu’il a été proposé lors de sa création à Paris le 26 novembre 1847. C’est le succès d’I Masnadieri à Londres qui vaut à d’être appelé à l’opéra de Paris pour un nouvel opéra. Le manque de temps l’oblige à reprendre une partition existante pour l’adapter aux besoins de la cause. Il jette son dévolu sur I Lombardi alla prima Crociata, les librettistes Gustave Vaëz et Alphonse Royer revoyant, adaptant le livret touffu de Temistocle Solera. Ces modifications obligent Giuseppe Verdi à revoir sa partition en profondeur. Au fur et à mesure que son travail avance, il ne cache pas son enthousiasme pour cette « nouvelle » œuvre. C’est d’ailleurs comme un nouvel opéra qu’il sera créé (en traduction italienne) un mois plus tard, le 26 décembre 1847, à La Scala de Milan sous le nom de Gerusalemme. Depuis, la cuisine des chefs d’orchestre italiens a souvent présenté ce dernier en faisant un pot-pourri franco-italien du Jérusalem parisien et I Lombardi alla prima Crociata milanais.

Ici, musicalement, le chef s’est préoccupé de respecter au plus près la partition originale (comme l’a fait avant lui le chef d’orchestre italien Fabio Luisi dans son enregistrement avec l’Orchestre de la Suisse Romande de 1998 – 3 CDs Philips réf. 462 613-2). L’intérêt de ce DVD pourrait donc résider dans l’aspect scénique de cet opéra si l’histoire n’était faite de ces tableaux inévitablement statiques des opéras historiques. Certes les costumes sont colorés et chatoyants, mais les éclairages de scène ne les favorisent pas assez pour que nos téléviseurs éclatent de joie. Alors resteraient les interprètes ? Malheureusement, ce n’est pas la présence d’un (Le Comte de Toulouse) fatigué qui justifie le chaland de se précipiter sur ce document. Même si le ténor Ivan Momirov (Gaston) possède une belle voix, et si sa romance « Je veux encore entendre ta voix » jouit d’un legato charmant, sa diction laisse tant à désirer qu’il en devient insupportable. De son côté, la soprano Veronica Villarœl (Hélène) offre une honnête prestation même si elle non plus ne domine pas la langue française (et par conséquent son chant) de manière adéquate.

En définitive, le DVD n’apportant rien de nouveau à l’œuvre, le CD de Fabio Luisi guère plus (si ce n’est l’éclatant Orchestre de la Suisse romande), on ne peut que conseiller de se retrancher sur l’époustouflant enregistrement d’une admirable Katia Ricciarelli et d’un magnifique à Turin en décembre 1975 sous la baguette vigoureuse de Gianandrea Gavazzeni. Pour un tel moment de grâce lyrique, tant pis si le respect de la version originale n’est pas tout à fait respecté ! (2 CD’s Bella Voce BLV107213)

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.