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Berlioz et Colin Davis son inégalable interprète

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-X-2006. Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette op. 17, symphonie dramatique sur un livret du compositeur. Isabelle Cals, Juliette ; Pavol Breslik, Roméo ; Kyle Ketelsen, Frère Laurent. Chœur de Radio France (chef de chœur : Martino Faggiani). Orchestre National de France, direction : Sir Colin Davis.

Évoquant l’ouvrage de Liszt consacré à Chopin, Cortot se plut à rappeler qu’il revenait « à un égal de suivre ainsi les mystérieux cheminements du génie ». Au sortir de notre concert, aucun aphorisme n’aurait été mieux venu pour rendre compte de l’impression foudroyante produite sur un public subjugué par la nouvelle rencontre du grand compositeur français et de son inégalable interprète anglais. a compris tant de choses un demi-siècle avant tout le monde ! Que la symphonie berliozienne, par exemple, s’inscrit tout à la fois dans et contre la tradition beethovénienne ; que les solutions préconisées par son compositeur de prédilection témoignent toutes d’un commun souci d’affranchissement et d’autonomie ; que c’est en ce domaine que se lit le plus clairement ce qui unit et ce qui sépare le pathos romantique de l’univers du grand sourd ; que l’invention, chez , exerce son pouvoir autant sur le langage que sur la forme, etc.

Créée à Paris le 24 novembre 1839 sous la direction de l’auteur, Roméo et Juliette reste devant l’histoire une sorte d’astre isolé, comète fulgurante dont rien n’avait laissé prévoir le surgissement et dont aucune trace directe n’indiquera ensuite l’héritage. Sollicitant un orchestre considérable auquel sont adjointes les voix solistes et le chœur, elle présente une structure inédite en sept volets regroupés en trois parties. Le tout pour une durée notable (presque une heure et demie), en rupture décisive avec les usages du temps. Même d’un point de vue plus technique, les relations tonales (de si mineur à si majeur en passant par la mineur, fa majeur, mi majeur!) font gaîment litière de tous les principes d’école que notre ancien Prix de Rome avait pourtant consciencieusement assimilés. C’est de tout cela que s’applique à rendre compte, à la tête des plus prestigieux orchestres du monde, avec cette élégance détachée qui n’appartient qu’à lui. Comme Berlioz, il sait tout extraire de la phalange soumise à sa férule, tout traduire, tout exprimer, dirigé par un instinct que le public pressentit infaillible dès ses premières apparitions, mais aussi par l’expérience d’un demi-siècle de triomphes renouvelés. Il n’est pas un chef aujourd’hui pour restituer avec plus d’évidence, de force et de subtilité cet exceptionnel principe de superposition des plans sonores qui, opérant une mise en valeur mutuelle des pupitres sollicités, reste la marque primordiale de l’auteur de la Fantastique. Tous semblaient rendre hommage au compositeur ce vendredi soir, l’ était étincelant, le chœur animé et léger. Il convient de saluer également la prestance de tous les chanteurs : était parfaitement dans le registre demandé, son timbre s’intégrait de façon admirable à l’orchestre comme le ténor dont la diction est exemplaire. Enfin, l’intervention de dans le tableau final n’a fait que confirmer le niveau d’excellence sur lequel planaient les musiciens ce soir.

Jusqu’au 28 novembre 2006, le public pourra à l’issu du concert profiter de l’exposition « Traits d’orchestre » où les musiciens de l’ vus par les étudiants de l’Ecole Estienne.

Crédits photographiques : © Lisa Kichler et Orchestre National de France

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