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Paris. Auditorium du Musée d’Orsay. 23-XI-2006. Ernest Chausson (1855-1899) : Apaisement, Quatre Mélodies op. 13 n°1  ; La chanson bien douce op. 34 n°1  ; Trois Lieder op. 27. Claude Debussy (1862-1918) : Trois poèmes de Mallarmé ; Ariettes oubliées. Robert Schumann (1810-1856) : Frauenliebe und -leben op. 42. Ingrid Perruche, soprano. Emmanuel Strosser, piano.

Dans le cadre de l’exposition consacrée à Maurice Denis (jusqu’au 21 janvier 2007), le Musée d’Orsay propose un cycle « Maurice Denis et la musique ». Après la mezzo Nora Gubisch et avant le concert très attendu de Jean-Paul Fouchécourt (le 11 janvier), c’est la soprano Ingrid Perruche qui proposait un répertoire de mélodies directement puisées dans les affinités musicales du peintre Maurice Denis. Un récital avec son protocole et ses paradoxes : pour ce programme, on distribue au public les poèmes qu’il va entendre, mais dès l’arrivée des interprètes, les auditeurs sont plongés dans une telle pénombre que les poèmes leur sont notamment moins lisibles. Une telle obscurité prend cependant une vraie épaisseur métaphorique, dès les premiers vers de Pierre Louÿs : « La lune blanche / luit dans les bois. » La voix d’Ingrid Perruche semble parfois patiner dans les clairs-obscurs. Sa faveur est tout à l’onctuosité du phrasé, d’autant plus admirable que les lignes sont mélodiquement longiformes en effet, aussi souples que le dos d’une de ces muses de Maurice Denis, qui incline légèrement les plis de l’écorce du tronc de l’arbre juste derrière elle. Néanmoins, la Ballade (le deuxième des lieder de l’opus 27 de Chausson) est chantée plus narrativement, toujours un peu scolairement, jusqu’aux Couronnes (le troixième lied), où les nuances très marquées sur le plan dramatique, renforcent paradoxalement un climat de retenue irréversible…

Pour finir la première partie, les mélodies de Debussy portaient les vers de Verlaine, Ingrid Perruche ne ratant aucune des suspensions offertes par tant d’émotions projetées sur des paysages rupestres, en soulignant systématiquement les figuralismes de la partition, peut-être même quelques autres. Ainsi, Green était servi avec un ravissement, tendu d’une obéissance au texte en tant que telle très mature. Dans la deuxième partie de son récital, la soprano abordait l’opus 42 de Schumann avec une sobriété interprétative curieusement très appuyée, même si ses mimiques presque explicatives, quasi-opératiques, avaient alors moins d’attaches. Ses poses proprement maniéristes étaient alors feutrées par une parfaite et obsessionnelle égalité de timbre, cela dit confondante de précision dans les nuances basses. Au piano, Emmanuel Strosser n’a cessé de se montrer plus que retenu, peut-être un peu effacé, alors que délicat, subtil, précis. Parfois nonchalant, le pianiste était amené pour Schumann à plus d’implications, et même quelques articulations rudes.

Preuve que les habitudes de récital peuvent être pesantes, une chanteuse aux qualités vocales si épanouies devrait pouvoir accéder plus directement à une expression moins resserrée.

Lire l’entretien que ResMusica a réalisé avec Pierre Korsilius, Directeur du département Musique et de l’auditorium du Musée d’Orsay.

Crédits photographiques : © ADAGP, (Triple portrait de Marthe fiancée Maurice Denis 1892). Site web du Festival « Un violon sur le sable »

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Paris. Auditorium du Musée d’Orsay. 23-XI-2006. Ernest Chausson (1855-1899) : Apaisement, Quatre Mélodies op. 13 n°1  ; La chanson bien douce op. 34 n°1  ; Trois Lieder op. 27. Claude Debussy (1862-1918) : Trois poèmes de Mallarmé ; Ariettes oubliées. Robert Schumann (1810-1856) : Frauenliebe und -leben op. 42. Ingrid Perruche, soprano. Emmanuel Strosser, piano.

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