Ben Heppner incarne trois chevaliers en une soirée

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 08-XII-2006. Richard Wagner (1813-1883) : Tannhaüser, ouverture. Lohengrin, « In fernem Land »  ; « Mein lieber Schwan ! ». Parsifal, Prélude ; « Nur eine Waffe taugt ». Tristan und Isolde, Prélude ; « Dünkt dich das ? »  ; « Isolde kommt ». Ben Heppner, ténor. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Myung-Whun Chung.

et l’ Orchestre Philharmonique de Radio-France

Si le programme de ce concert alternait extraits symphoniques et extraits vocaux, ce sont bien ces derniers qui en constituaient le sommet, manifestement attendu par une salle Pleyel quasi-comble. A cinquante ans et en pleine maturité, est aujourd’hui un des plus réputés ténors wagnériens en activité. Applaudi chaleureusement par l’orchestre entier dès son entrée en scène, il s’est montré digne de sa réputation, malgré une forme vocale pas forcément à cent pour cent, et une balance acoustique de la salle pas encore idéale, mais son incarnation des trois chevaliers fût aussi intense, engagée et musicale qu’elle pouvait l’être dans ces conditions. Le public et l’orchestre ne s’y sont pas trompé, lui faisant un triomphe à la fin de la soirée.

L’ouverture de Tannhaüser engageait pourtant ce concert sur des bases un peu « floues ». Les premiers et seconds violons (groupés, les alti occupant l’avant scène à la droite du chef) disparaissaient trop souvent, couverts par le reste de l’orchestre dès qu’un fortissimo se présentait, du moins était-ce la sensation qu’on pouvait avoir, placé dans le premier tiers droit des fauteuils d’orchestre. Les spectateurs situés symétriquement sur la gauche, donc face aux violons, entendaient peut-être un tout autre son. Nonobstant ce problème de balance sonore, cette interprétation, malgré de belles sonorités, des cuivres par exemple, manquait d’intensité dans les phrasés, de vigueur et de puissance dans les archets, de tranchant dans les accords, bref souffrait d’une direction inaboutie. Un peu plus tard le chef réussira mieux le prélude de Parsifal, trouvant une atmosphère de recueillement propice à ce passage.

Malgré son age et son imposante carrure, Ben Heppner réussira à incarner un Lohengrin à la voix relativement jeune, le spectateur, fermant les yeux, pouvant alors facilement imaginer le jeune fils de Parsifal. Quelques minutes plus tard il chantera justement l’ultime tirade de Parsifal, avec une voix plus sombre, différentiant ainsi parfaitement bien le père et le fils.

Le morceau de bravoure, entendez par la le double monologue de Tristan au troisième acte, constituait, avec le prélude de l’acte I, la deuxième partie du concert. Ces deux monologues, génialement écrits par Wagner, sont néanmoins d’une grande difficulté d’interprétation. Le premier est l’illustration parfaite d’une des facettes du génie de Wagner : comment changer de climat aussi complètement en quelques minutes, passer d’un tempo lent, calme, avec un accompagnement simple et un chant proche du sprechgesang, à un chant plus mélodique et intense, aux accents par moment presque hymniques, sur un rythme exalté, accompagné par un orchestre puissant, enchaînant les motifs dans un flux mélodique continu. Tout cela sans la moindre rupture, tout en souplesse, sans couvrir le chanteur dans les climax, l’orchestre devant le porter et le soutenir, sans le forcer à lutter contre lui. Gageure presque impossible à tenir, que seul les plus grands ont vraiment réussie – écoutez ce que réalise ici dans son légendaire enregistrement. Même si ce soir, nous n’étions quand même pas à ce niveau de génie, la prestation des interprètes et l’engagement physique du chanteur, dans les conditions d’un concert d’un soir (il s’agissait en effet d’un concert unique), mérita bien les applaudissements que la salle entière prodigua chaleureusement à la fin de cette deuxième partie. En bis, la chanson de Walter extraite de l’acte III des Meistersinger a permis de finir la soirée sur une note plus légère.

Notons que certains spectateurs n’ont pu s’empêcher d’apporter leur contribution musicale sous forme d’un concerto de toux ponctué d’un « chuuut » d’une spectatrice, bien aidé en cela par la climatisation de la salle faisant parfois souffler sur nos têtes un blizzard réfrigérant. Suggérons qu’une chaleur douillette serait sans doute préférable à une atmosphère de chambre froide ! Alors avis aux futurs spectateurs de Pleyel : sortez couverts !

Ce concert sera diffusé le lundi 18 décembre à 20h sur France Musique. Sans doute pourra t-on s’attendre à une balance sonore différente et plus favorable, grâce à une prise de son multi-micros.

Crédit photographique : © Sebastian Hänel / DG

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