L’union fait l’amorce

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Dijon. Auditorium. 17-XII-2006. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Indes Galantes, Suite : Marche des Persans, Menuet 1 et 2, Danse des Sauvages, Chaconne (Révision Paul Dukas) ; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie concertante pour violon, violoncelle, hautbois et basson Hob. I. 105 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour violon et orchestre en mi mineur op. 64 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur D485. Jean-François Corvaisier, violon ; Laurent Lagarde, violoncelle ; Dominique Monnin, hautbois ; Patrick Vilaire, basson. Orchestre Duo-Dijon / Camerata de Bourgogne ; Régis Pasquier, violon et direction.

Orchestre Duo-Dijon avec la Camerata

Si l’on évoquait, il y a quelques mois, l’éventualité de voir se constituer un jour un grand orchestre symphonique de Bourgogne / Franche-Comté (on peut toujours rêver) par la réunion des effectifs respectifs des orchestres de Dijon et de Besançon, plus réaliste apparaît aujourd’hui la réunion des deux formations spécifiquement bourguignonnes. Et ce concert, qui renouvelle l’expérience d’octobre dernier (concert Schumann, Strauss, Brahms, avec le concours de , dans le concerto de Brahms) n’est-il pas l’amorce d’une fructueuse et souhaitable collaboration ? Il est vrai que la Bourgogne ne manque pas de musiciens talentueux et que nombre d’entre eux portent d’ailleurs la double casquette : Duo-Dijon (plus spécialement voué à la fosse d’orchestre du théâtre lyrique) et Camerata (plus polyvalente), selon les besoins ; une « casquette » qui se fait même triple pour certains, quand on songe à l’orchestre du C. N. R.

Pour ce second concert réunissant les deux formations, , directeur musical du Duo-Dijon, cède la place à , premier chef invité de la Camerata, depuis maintenant deux ans. Le programme s’ouvre par ce qui se veut sans doute un hommage à la gloire locale. Mais c’est dans la version révisée par que nous est proposée cette Suite des Indes Galantes ; de sorte que, en dépit d’une exécution très propre et d’une belle musicalité, ce Rameau-là, pour des oreilles aujourd’hui bien accoutumées aux versions baroques, manque à n’en pas douter de « couleurs » et de relief et sonne un peu comme le Respighi des Danses et Airs Anciens.

Sans transition, le concerto de Mendelssohn se révèle alors comme la pièce maîtresse de ce concert. Aux dires des violonistes, si techniquement l’œuvre est perçue comme moins problématique que, par exemple, les concertos de Brahms ou de Tchaïkovski, les effets de virtuosité n’en sont pas moindres. Et nous saluons volontiers la magnifique prestation de . Outre qu’il dirige de l’archet, du buste et…du chef, un orchestre « des alliés » qui s’acquitte, ma foi, très honorablement de sa partie, en dépit de quelques infimes décalages (avec le violon solo) dans les passages les plus véloces des premier et troisième mouvements, il livre, en tant que soliste, une lecture de parfaite maîtrise et de grande clarté, servie par son remarquable et fidèle Guarnerius del Gesù (1734) : cadence souveraine, pureté des notes en doubles-cordes, rayonnante luminosité des aigus et des trilles. Son « chant » se fait quasi Romance sans parole dans le délicieux Andante et il confère à l’Allegro final la pétillante légèreté et l’esprit malicieusement féerique du Sommernachtstraum.

Le public, conquis, accorde à cette prestation une ovation bien méritée.

Autre pièce de succès populaire (mais « populaire », le programme ne l’est-il pas dans son intégralité ?) : la Symphonie concertante de J. Haydn, dans laquelle se distinguent les quatre solistes, et plus particulièrement (car privilégiés par la partition) le violon de Jean-François Corvaisier et le basson de Patrick Vilaire. Au crédit de l’orchestre : une contribution des plus convaincantes, dans l’articulation, les nuances et le phrasé, sous la direction légère, discrète et efficace de Régis Pasquier.

Plus mitigée sera toutefois notre impression, concernant la Symphonie n°5 de Schubert ; celle dont on dit parfois qu’elle pourrait être attribuée à Mozart si son auteur était demeuré inconnu, et sans doute la plus jouée du génial Viennois, après les n°8 « Inachevée » et n°9 « la grande ». Ce n’est pas que le style, ou l’esprit n’y soit pas, mais dans cette interprétation, l’homogénéité de l’orchestre laisse paraître quelques failles. Si les deux mouvements centraux (Andante et Minuetto) passent plutôt bien, il n’en va de même pour l’Allegro initial et surtout le Vivace final, lesquels sont entachés d’imperfections : une note (cuivrée) incongrue ici, une mise en place rythmique passagèrement précaire là…Tout cela n’est cependant pas bien grave, en regard d’une prestation globale de belle tenue de la part d’un orchestre qui cherche encore ses marques et qui n’a vraisemblablement pas disposé d’un temps de « peaufinage » suffisant. Les individualités de haute qualité ne manquent pas dans ses rangs (et dans tous les pupitres) ; de grands espoirs sont donc permis.

Nous ne manquerons donc pas le rendez-vous, autour du Requiem de Verdi, auquel cet orchestre (avec la participation des chœurs et d’excellents solistes vocaux) nous convie au printemps prochain.

Crédit photographique : © DR

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