Canteloube le méconnu

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lille. Nouveau Siècle. 05-I-2007. Joseph Canteloube (1879-1957) : Triptyque ; Chants de France, sélection ; Chants d’Auvergne, sélection. Georges Bizet (1838-1875) : L’Arlésienne, extraits. Véronique Gens, soprano. Orchestre National de Lille, direction : Serge Baudo.

Chants d’Auvergne et d’ailleurs

Il y a un peu plus de deux ans, l’ sous la direction de Jean-Claude Casadesus, enregistrait avec une sélection des Chants d’Auvergne, recueillis, harmonisés et orchestrés par Canteloube. Avec grand succès, puisque ce disque fut la meilleure vente mondiale de son éditeur Naxos pour l’année 2005. Ce succès appelait une suite, qui est enregistrée au lendemain du concert de ce soir, et comprendra les quelques Chants d’Auvergne qui n’avaient pas trouvé place sur le premier disque, ainsi que d’autres œuvres du même Canteloube, pour faire bonne mesure.

Le programme commence par son Triptyque, trois mélodies pour voix et orchestre, sur des poèmes de Roger Frêne, datant de 1914. Orchestrateur talentueux, Canteloube y déploie tout son métier, hérité de ses études à la Schola Cantorum auprès de son maître d’Indy, en utilisant avec beaucoup d’habileté les ressources d’un vaste orchestre, qui comprend notamment deux harpes, un piano, et un pupitre de cuivres fourni. C’est d’ailleurs l’utilisation de ces cuivres qui pose question, car Canteloube a parfois tendance à céder à l’enthousiasme, en épiçant son plat de saveurs un peu trop lourdes et cuivrées. Néanmoins, ce Triptyque est l’œuvre d’un excellent compositeur, qui crée une musique calme, ample et belle, à la respiration large et au souffle assez exaltant, et le climat harmonique de ces pages n’est pas sans évoquer le Chausson du Poème de l’Amour et de la Mer. Belle découverte donc que ce Triptyque, excellemment mené par , dont la direction est raffinée et sobrement lyrique. Le chant de est beau et opulent, assez distancié, mais on n’y comprend strictement rien, par manque d’articulation et absence de consonnes identifiables.

On comprend mieux les Chants de France qui suivent. Parce que la chanteuse fait des efforts de diction ? Peut-être aussi parce que les paroles sont mieux connues, Auprès de ma blonde par exemple, et aussi parce que l’orchestre, moins fourni que celui du Triptyque autorise une meilleure perception des mots. Dans ces pages, le métier de Canteloube fait merveille : les orchestrations sont riches et inventives, et les climats sont variés, tour à tour poétiques, tendres ou plus populaires. Ces arrangements sont certes plutôt conventionnels, et cette musique a un côté « France profonde » et « La terre ne ment pas » très affirmé, mais son charme désuet est très agréable, il exhale la sérénité, et rassure l’auditeur qui peut y retrouver des ambiances traditionnelles et apaisantes. Dans ces Chants de France, Canteloube est très souvent à la limite du pittoresque, dans les Chants d’Auvergne, il verse en plein dedans, et en devient parfois lassant et mielleux. Les effets orchestraux sont souvent « téléphonés » et répétitifs (ah ces incessants solos de flûte !), et l’impression dominante, malgré la joliesse de ces pages, est celle d’une facilité un peu mièvre. Pour ceux qui restent insensible à ce folklore en tout cas, ces neuf chants ont paru longuets. Ils étaient précédés par un très beau complément de programme, des extraits de l’Arlésienne de Bizet : Ouverture, Adagietto et Carillon. Jouée avec cette précision et cette rigueur, si ce n’est quelques hésitations des cuivres, la musique de Bizet, pourtant mort avant la naissance de Canteloube, semblait bien plus moderne, et même radicale, que celle de son cadet.

La soirée fut donc fort belle dans l’ensemble, et si nous goûtons peu à la part la plus emblématique et la plus célèbre de la production de Canteloube, le reste est l’œuvre d’un compositeur de valeur, conservateur et sans surprise, mais inspiré et talentueux, et méritant mieux que la poussière des tiroirs.

Crédit photographique : © DR

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