Divers sons d’Hiver

IVe Festival Concerts d’Hiver

Paris. Mairie du XIXe arrondissement. 16-I-2007. (né en 1927) : Violostries pour violon et support audio ; De Natura Sonorum pour support audio. , violon ; , projection du son.

Paris. Mairie du XIXe arrondissement. 17-I-2007. Mazakazu Natsuda (né en 1968) : West or Evening Song in Autumn pour saxophone, percussion et support audio ; (né en 1974) : Le grand jeu pour percussions et support audio ; Elisabeth Sikora : Lisboa, Tramway 28 pour saxophone et support audio ; (né en 1953) : Oriflamme pour saxophone et percussions ; Serge Lauba (né en 1952) : Tadj, version pour saxophone et percussions. , saxophone, , percussions, , projection du son.

C’est la quatrième année que le Festival « Concerts d’Hiver » – une initiative de la Mairie du XIXe arrondissement menée par son directeur artistique Joël Housset – propose pendant huit jours, dans la grande salle des fêtes de la mairie, des concerts qui mêlent le répertoire classique au jazz et aux sonorités contemporaines, sollicitant d’excellentes formations – de la musique de chambre à l’orchestre – tels que les quatuors Antares et Caliente et l’Orchestre de Jussieu dirigé par son chef Boris de Vinogradov.

L’Ensemble Motus de avait investi les lieux les 16 et 17 janvier, déployant dans cette salle des fêtes à l’acoustique généreuse son orchestre de haut-parleurs – l’acousmonium Motus – dont Jonathan Prager, virtuose de la projection électroacoustique, avait les commandes.

On fêtait ce soir les quatre vingt ans d’un des premiers compositeurs à travailler au Groupe de Recherche Musicale auprès de , qui, malheureusement, n’était pas dans la salle pour souffler ses bougies.

Violostries pour violon et support audio est une des premières réalisations du compositeur, créée au Festival de Royan en 1963. Conçue par le dédicataire de l’œuvre , la partie de violon était tenue ce soir par dont la chaude sonorité portée par une légère réverbération naturelle rayonnait au centre de cette « cathédrale de sons » que Parmegiani a élaboré en studio par multiplication, agrandissement et spatialisation d’un seul matériau sonore – enregistré puis « traité » – celui du violon qui vient ici « concerter » avec son modèle vivant.

De Natura Sonorum, suite en douze mouvements conçue entre 1974 et 1975 compte parmi les œuvres maîtresses de Bernard Parmegiani, une somme de son expérience technique et musicale dont Jonathan Prager, à la console de projection, nous fait apprécier toute à la fois l’audace et la richesse des manipulations en nous mettant, de manière presque tactile, en contact avec ces morphologies sonores que l’on « observe » sous toutes leurs facettes, évoluant en « ondes croisées » ou en « pleins et déliés », autant de figures et de trajectoires qui s’écrivent dans l’espace pour engendrer cette fantasmagorie sonore.

Le concert du lendemain se jouait en trio avec l’ensemble Syntax – saxophones, percussions et support audio – et prolongeait l’aventure sonore à travers cinq pièces instrumentales ou mixtes aux univers très diversifiés instaurant des rapports chaque fois renouvelés entre les différents protagonistes : Sur scène, aux saxophones et aux percussions étaient entourés par les haut-parleurs de l’acousmonium, le troisième instrument de la soirée tenu à la console de projection par Jonathan Prager.

Si le déploiement instrumental et les richesses inouïes de la percussion dans le monde sonore contemporain est toujours un spectacle en soi et une source infinie de découvertes – la virtuosité transcendantale de Philippe Spiesser, aux baguettes ou à main nue, en était la preuve éblouissante – on apprenait ce soir à mieux connaître le saxophone et ses potentialités insoupçonnées lorsque Radek Knop, servant au plus près le projet compositionnel, va jusqu’à « réinventer » l’instrument en évoquant, dans West, or Evening Song in Autumn du compositeur Japonais Masakazu Natsuda, le timbre pur et ductile de l’Hitchiriki – hautbois du Japon – évoluant en sons glissés dans la musique de cour du Gagaku dont le rituel n’est pas étranger à l’univers de la pièce. Plus étonnante encore, sur le saxophone soprano, cette décharge frénétique et jubilatoire de sonorités de plein air jouées haut et fort à la manière des anches traditionnelles dans Tadj’ de qui nous évoque, dans une œuvre très concentrée et totalement habitée, les couleurs chaudes de l’Orient. Dans Lisboa, Tramway 28, Elzbieta Sikora, compositrice d’origine polonaise, recherche la connivence du son instrumental avec la source électroacoustique dans un univers de poésie et d’onirisme où les sonorités de saxophone réagissent aux sollicitations du support audio.

Le grand jeu de est le troisième volet de sa « Suite ludique » – une série de pièces pour percussions – enrichi des sonorités électroacoustiques. Dans un jeu de flux et de reflux du support audio immergeant ou isolant les congas jouées à main nue par Philippe Spiesser, nous plonge dans un environnant sonore luxuriant vrillé par les rythmes d’une « batucada » endiablée.

Oriflamme de Denis Dufour terminait le concert par un duel amical, une sorte de colloque sentimental sans support audio – étonnant de la part de ce magicien acousmate – où le saxophone soprano, plus séducteur que belliqueux, teste, interpelle, déstabilise son partenaire dans un jeu d’écoute très subtil qui met à l’affût l’oreille des auditeurs.

Tel était bien l’enjeu de ces deux concerts Motus qui nous conviaient à un voyage sonore invitant à l’exotisme, aux dépaysements et à de fabuleuses perspectives sonores.

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