Il martirio di Sant’Orsola, oratorio inédit d’Alessandro Scarlatti

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Lyon. Abbaye d’Ainay. 23-I-2007. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Il martirio di Sant’Orsola. Stéphanie Révidat, Orsola ; Marina Venant, Florida ; Jean-Paul Bonnevalle, Jésus ; François Roche, Ereo ; Benoît Arnould, Giulio Tiranno. Chœur et Orchestre d’Oratorio du Concert de l’Hostel Dieu, direction : Frank-Emmanuel Comte.

Concert de l’Hostel Dieu

La magnifique Abbaye d’Ainay de Lyon, fraîchement rénovée, a vu ses mosaïques murales plus resplendissantes que jamais en ce mardi enneigé, sous l’effet d’une musique inédite d’, et un Concert de l’Hostel Dieu particulièrement éblouissant. Lorsqu’on est passionné de musique classique au sens large, il est rare qu’on ait la chance d’éprouver cette excitation de la nouveauté, à l’égard d’une partition inédite d’un compositeur connu…

Il martirio di Sant’Orsola, tel est donc le nom de cet oratorio de Scarlatti retrouvé dans les très riches fonds musicaux de la Bibliothèque Municipale de Lyon, et restitué par Frank-Emmanuel Comte, directeur musical du Concert de l’Hostel Dieu, ensemble lyonnais de musique ancienne. Le manuscrit est unique, il n’existe aucune autre version de cette œuvre à l’origine et aux circonstances de composition tout à fait obscures ; cependant les musicologues estiment qu’elle a dû être écrite et chantée à Rome entre 1695 et 1700. La copie retrouvée à Lyon (le manuscrit n’est pas autographe) est curieusement bourrée de fautes, avec très peu d’indications d’orchestration et d’harmonisation. Il a donc fallu bien du travail à Frank-Emmanuel Comte pour restituer l’oratorio et l’adapter pour le concert, mais nous ne pouvons que le féliciter et admirer la grande qualité de sa démarche, tant il a réussi à tirer de cette œuvre fascinante bien des beautés.

C’est à l’occasion de la sortie de leur nouveau disque qu’a eu lieu ce concert évènement de l’Hostel Dieu, devant un public lyonnais qui a très largement répondu présent. Les cinq solistes, le chœur de femmes et l’orchestre, tous ont donné une prestation absolument remarquable sous la baguette de leur chef, pleinement dans son élément, avec cet oratorio inédit pour le public, mais fort bien dompté par les musiciens et Frank-Emmanuel Comte.

L’origine du livret est aussi énigmatique que l’oratorio, mais la légende d’Ursule est un thème avec variations récurrent dans l’art de la période baroque. Princesse bretonne, Ursule part épouser le fils d’un roi païen, escortée par 11 vierges. Mais elle rencontre les Huns à Cologne, et meurt transpercée d’une flèche. Dans la musique de Scarlatti, Ursule est la protagoniste principale, mais une grande importance est aussi accordée à Giulio, son tortionnaire. Dans ces deux rôles, la soprano et la basse ont été tout à fait remarquables. Les personnages secondaires sont Ereo, amoureux d’Ursule chanté par le ténor François Roche, et Florida, une confidente interprétée par Marina Venant. Mais l’action dramatique est curieusement encadrée par la présence – sans doute plus métaphorique que réelle – de Jésus, qui intervient au début et à la fin de l’oratorio, incarnée par la voix d’alto de . Quant au chœur de femmes, représentatif des onze vierges de l’escorte, il n’intervient qu’au début de l’œuvre après l’ouverture instrumentale. En raison de la conclusion quelque peu étrange et interrogative de l’oratorio de Scarlatti, avec le dernier air de Jésus qui accompagne Ursule dans le royaume céleste, Frank-Emmanuel Comte a fait le choix contestable mais à notre avis pertinent de terminer par un chœur d’anges extrait de la Messe Sainte Cécile du même Scarlatti, plus précisément le « Et incarnatus est ». Cet ajout donne a l’œuvre du sens et une unité, d’abord parce que la musique se termine comme elle avait commencée, par un chœur de femmes, mais surtout parce que la transition semble tout à fait naturelle, l’extrait de la Messe ayant une parenté musicale assez nette avec le dernier et magnifique air d’Ursule, notamment l’usage récurrent par Scarlatti de la tierce mineure.

Le concert fut une vraie réussite, le public lyonnais a longtemps réclamé un bis, l’occasion pour le chœur de femmes – très peu mis à l’usage durant le concert – de révéler un peu plus de sa très grande qualité. Espérons que ce formidable travail de restitution du Concert de l’Hostel Dieu alimentera la curiosité d’autres musiciens pour continuer à faire vivre cette œuvre inconnue, qui ne méritait certainement pas son sommeil de trois siècles !

Crédit photographique : © Pierre Brye

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