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Vision (trop ?) objective d’œuvres (trop ?) romantiques

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 20-I-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture op. 115 ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur A 23 ; Symphonie n°4 en ré mineur op. 120 (version 1851). Thomas Zehetmair, violon ; Orchestre de Paris, direction : Marek Janowski.

En attendant les concerts Schumann de l’Orchestre National et son chef Kurt Masur, c’est l’ et qui ont donné leur vision de trois œuvres symphoniques importantes de Schumann. Deux chef-d’œuvres de premier ordre encadraient ce soir le moins connu Concerto pour violon en ré mineur. Comme il se doit, le concert a débuté par l’ouverture de la musique de scène de Manfred, pièce romantique s’il en est, inspirée de Byron.

La brochure programme nous rappelle le personnage mélancolique éponyme, responsable de la mort de sa sœur Astarté, se languissant dans un état morbide, cherchant le pardon de la sœur aimée en la rejoignant dans la mort. Œuvre sombre, bâtie sur deux thèmes principaux évoquant Manfred et Astarté, concentré en 12 minutes de l’ensemble des tourments du personnage, cette ouverture est une des plus belles réussites symphoniques de Schumann.

L’interprétation de ce soir a été quelque peu décevante, non d’un point de vue factuel, car l’orchestre y fut bon, mais musicalement l’ambiance romantique n’y était pas, aucun des sentiments évoqués dans la brochure de présentation ne venait spontanément à l’esprit à l’écoute de ce soir. Commencée par trois accords exécutés à toute vitesse comme trois pétards en chapelet que les enfants font sauter le 14 juillet, sans la moindre expression, l’œuvre s’est poursuivie tantôt calme, tantôt agitée, sans que la nécessité de l’un et de l’autre ne saute aux oreilles, sans progression dramatique ou narratrice, sans tendre vers la fin, la mort réparatrice du héros, le tempo un peu rapide pris avant cela n’a pas permis de fournir l’ultime accélération, sursaut musical précédant la mort. L’exécution fut propre, mais musicalement on est passé à coté de l’œuvre.

Le musicalement difficile et assez ingrat Concerto pour violon interprété par le violoniste a pris le relais. Cette œuvre écrite en 1853 ne fut créée qu’en 1937, le célèbre violoniste Josef Joachim pour qui elle avait été écrite ne l’ayant jamais jouée, soucieux de son image, y voyant trop de faiblesses pour accepter de la jouer. On ne peut lui donner totalement tort car, hormis le final (et encore…), il n’y a pas de quoi faire briller soliste ou orchestre, l’ambiance est en général assez sombre, il n’y a pas de thème mélodique marquant facile à mémoriser, rien de spectaculaire propre à soulever une salle. Les interprètes doivent donc faire avec, ce qu’ils firent consciencieusement ce soir. On arrivait bien à capter ici ou là de beaux moments, de belles couleurs, un final un peu plus animé, mais il y manquait une structure directrice forte qui explique pourquoi on est arrivé du début à la fin en passant par tous les événements intermédiaires.

Après la pause vint le grand moment attendu du concert avec la Symphonie n°4 dans sa version traditionnelle de 1851. Si elle fut nettement plus réussie et intéressante que Mandred, elle resta néanmoins terriblement « objective », un peu terre à terre, proche des notes, mais pas de ce qu’il y a derrière les notes, pour reprendre la citation fameuse de Furtwängler, archétype de l’interprète « romantique », parlant de Toscanini, archétype de l’interprète « objectif ». Le tempo rapide, voire très rapide, l’articulation froide et sèche, les enchainements en rupture et non en souplesse, c’est clairement vers le style « à la Toscanini » que Marek Janowski a choisi d’aller. Mais du coup, l’évolution à l’intérieur de chaque mouvement était bien moins claire voire absente, ce qui est dommageable spécialement aux deux mouvements extrêmes, qui de ce fait perdent en qualité narrative et progression dramatique. Et en pure émotion musicale. Le deuxième mouvement, moins speedé et plus chaleureux, fut bissé par les interprètes, avec raison, car c’était le passage le plus réussi du concert, celui où passait l’émotion.

Crédit photographique : © Mike Fröhling

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