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Francis Corpataux, ethnomusicologue

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Depuis plus de quinze ans, Francis Corpataux, Professeur d’Université au Québec, arpente le monde entier pour enregistrer les chants des enfants du monde. Cet ethnomusicologue, pour qui ces chants véhiculés par la tradition orale sont bien plus que de simples mélodies, a déjà recueilli ceux des enfants du Sénégal, de la Guinée, du sud de l’Inde, du Népal, de la Thaïlande, de la Malaisie, de l’Indonésie et de la Bulgarie.

« Les enfants brésiliens sont avant tout des danseurs et des percussionnistes, pas tellement des chanteurs. »

C’est pour lutter contre l’hégémonie culturelle occidentale qui mine leur transmission dans des contrées jusque-là épargnées, qu’il immortalise ces moments extraordinaires porteurs d’un sens profond, pour que jamais ils ne soient oubliés. La sortie du XVe volume de la Collection « Le chant des enfants du monde », consacré aux enfants du Brésil, vient compléter cette collection unique, qui constitue un véritable « devoir de mémoire », faisant partie intégrante du patrimoine culturel et musical de l’humanité.

ResMusica  : De quoi se compose le disque consacré au Brésil ?

Francis Corpataux : Ce disque comporte quatre parties distinctes : tout d’abord, les chansons que les enfants se transmettent ; ensuite, les chansons que les adultes chantent aux enfants pour les faire jouer ou les endormir ; puis, une troisième partie, avec une instrumentation plus riche, consacrée aux adultes et aux adolescents chantant ensemble à l’occasion d’événements festifs (les adolescents y interprètent les chansons les plus ludiques) ; enfin, une dernière partie, brève dans le disque mais importante en regard du contexte, réservée aux enfants des communautés Sem Terra. Ce disque nous fait partager le phénomène de révolte des paysans au service des grands propriétaires, les familles s’étant regroupées pour cultiver leurs propres terres. Le disque comporte des musiques associées à ce mouvement ; il est très étonnant d’entendre les enfants entonner « la bourgeoisie nous vole » !

RM  : Comment s’est déroulé l’enregistrement de ce volume ?

FC : J’enregistre d’abord les enfants et les adolescents et je fais ensuite un tri suivant plusieurs critères dont celui de l’authenticité : est-ce de la variété ou des chansons brésiliennes populaires ? Beaucoup de musiques brésiliennes populaires (forró, bossa nova, sambas) ont été créées par des compositeurs; elles sont soumises à droits d’auteur. Ce qui m’intéresse ce sont des musiques populaires appartenant au domaine public, comme, par exemple, des musiques rattachées au rituel religieux du Candomblé ou du Tambor de crioula ou des musiques festives telles que le Carimbó. Ce critère de transmission orale entre également en ligne de compte.

RM : Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

FC : Les enfants brésiliens sont avant tout des danseurs et des percussionnistes, pas tellement des chanteurs. Mais certaines danses très populaires là-bas comme le carimbó sont aussi chantées. Quelques-unes sont présentes dans ce disque.

RM : Quel constat faites-vous depuis que vous avez lancé cette collection ?
FC : On a perdu beaucoup du patrimoine musical enfantin. En Europe, par exemple, dans les régions où il existe encore des langues minoritaires, seuls les parents se souviennent des chants traditionnels. La musique qu’écoutent les enfants c’est de la variété, c’est-à-dire un modèle réduit de la variété pour adultes, exception faite des chansons souvent paillardes qu’ils entonnent dans les autocars en colonie de vacances et qui sont réellement authentiques. En revanche, dans les pays où il n’y a ni idole ni technologie (dans la brousse par exemple) les enfants font une musique issue de leur patrimoine. Cette musique leur vient de leurs racines, elle ne leur est pas imposée artificiellement. Au Brésil, il y a une force de la musique, essentielle à la vie, alors qu’ici ce qui est essentiel, c’est de l’écouter. Ce qui est fondamental également, au Brésil comme en Afrique, c’est l’expression corporelle qui fait que le corps est toujours en mouvement. Ici notre amour propre ne nous autorise pas à nous mouvoir librement, nous imposant une certaine rigidité. C’est grave d’être obligé de se cacher dans sa salle de bains pour chanter !

Crédits photographiques : © D.R.

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