Walter Gieseking, un poète du piano

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Walter Gieseking (1895-1956) : enregistrements concertants réalisés dans les années 30. CD 1 : Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur op. 54. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano en la mineur op. 16. César Franck (1822-1890) : Variations Symphoniques. CD 2 : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n°9 en mi bémol majeur KV271 « Jeunehomme ». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°1 en ut majeur op. 15. Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur S124/R455. CD 3 : Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°4 en sol majeur op. 58 ; Concerto pour piano n°5 en mi bémol majeur op. 73 « l’Empereur ». Walter Gieseking, piano. Sächsische Staatskapelle Dresden, direction : Karl Böhm. Staatsoper Orchester Berlin, direction : Hans Rosbaud. Wiener Philharmoniker, direction : Bruno Walter. London Philharmonic Orchestra, direction : Henry Wood. 3 CD Naxos Historical 8111110, 8111111, 8111112. ADD. Enregistré entre 1932 et 1942. Notices unilingues (anglais) excellentes. Durée : 70’48’’- 77’55’’- 64’05’’.

 

Naxos Historical vient de publier le troisième et dernier volume d’une superbe réédition de tous les enregistrements de concertos accomplis par dans les années 30. En fait l’admirable ingénieur du son Ward Marston y a même inclus une gravure rare du Concerto en la mineur de Schumann réalisée avec la complicité de durant la guerre entre 1940 et 1942, qui fut uniquement publiée en Allemagne.

Le fait que (1895-1956), pianiste allemand né à Lyon, ait passé les seize premières années de sa vie dans le sud de la France et en Italie explique probablement sa double affinité pour les classiques germaniques et les impressionnistes français : à l’aube du microsillon, chez Columbia, il signait trois intégrales pour piano solo légendaires, Mozart (et pas seulement les Sonates), et surtout Debussy et Ravel que dès les années 20 il avait déjà à son répertoire. Il faut souligner, ainsi que le mentionne Jonathan Summers dans l’excellente plaquette très détaillée, qu’» Avant la deuxième guerre mondiale, le répertoire de Gieseking était beaucoup plus étendu qu’il ne l’est devenu plus tard. Il a joué des Concertos de Tchaïkovsky et Rachmaninov, des Sonates pour piano de Scriabine, des pages de Schumann, Beethoven, Mozart et Bach, et se fit le champion de compositeurs contemporains tels que Busoni, Hindemith, Korngold, Krenek, Poulenc, Pfitzner, Schœnberg et Stravinsky, dont beaucoup lui ont dédié des œuvres. Gieseking est devenu notoire pour sa large palette de sonorités et de dynamique… »

Ce troisième et dernier volume (Naxos 8111112) d’œuvres concertantes gravées par Gieseking dans les années 30 contient les deux derniers Concertos pour piano de Beethoven. Dans le Concerto n°4, le pianiste privilégie l’aspect musique de chambre en allégeant les textures sonores, ce qui ne l’empêche pas de jouer à la fin de l’Allegro moderato initial la seconde cadence de Beethoven, bien plus difficile et rare que la première plus familière ; l’Andante con moto reçoit sa juste expression, sans dramatisme exagéré, tandis que le Rondo final est confondant de naturel, la musique à l’état pur : admirablement soutenu par l’immense , il est révélateur de constater que Gieseking respecte scrupuleusement les indications agogiques du compositeur, ce qui nous vaut une vision épurée – voire purifiée – de cette œuvre magnifique, loin des chevaux de bataille souvent endurés de nos jours. Bruno Walter est à la tête de l’ dans le Concerto n°5 « l’Empereur » : c’est également dire que nous aurons la noblesse, la grandeur sans grandiloquence et le dialogue vrai avec le soliste, plutôt que le sensationalisme gratuit, et sans que les mouvements extrêmes ne tombent dans la moindre vulgarité.

Ce qui a été dit au sujet du Concerto n°4 est également valable pour le Concerto n°1 (Naxos 8111111, volume 2) où Gieseking fait remarquablement ressortir le côté encore mozartien de la partition, en cela admirablement soutenu par un autre très grand chef trop peu représenté au catalogue, . Il était en outre tout à fait logique d’associer cette œuvre, sur le même CD, au Concerto n°9 « Jeunehomme » de Mozart, où les qualités soliste-chef (toujours Rosbaud) sont merveilleusement mises en valeur.

Si le Concerto de Schumann reçoit une interprétation idéalement poétique, celle du Concerto de Grieg qu’on lui associe souvent (Naxos 8111110, volume 1) n’est peut-être pas aussi convaincante, bien que de haut niveau : sans doute est-ce dû au fait que Gieseking y est moins à l’aise, vu qu’il a un jour déclaré n’être jamais parvenu à jouer la partition de Grieg sans fausses notes ! Quant aux œuvres de Franck et Liszt, s’agissant des enregistrements les plus anciens (octobre 1932), il est étonnant que leur sonorité en soit la meilleure ! Le très poétique Sir (le créateur des Concerts Promenade au Royal Albert Hall de Londres) fait montre d’un humour (British ?) partagé joyeusement par Gieseking dans le troisième mouvement du Concerto n°1 pour triangle – pardon, pour piano ! – de Liszt, tandis que clarté, simplicité et poésie sont également au rendez-vous dans les Variations Symphoniques de Franck.

En conclusion, voici une leçon idéale de grand piano, mais surtout de musicalité au plus haut niveau. Puisse-t-elle bénéficier non seulement aux pianistes actuels et à venir, mais aussi à tous les musiciens !

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