Banniere-ClefsResmu-ok

Gilad ou l’étoffe d’un Grand

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Marseille, Auditorium du Pharo. 10-II-2007. Edvard Grieg (1843-1907) : Danses Symphoniques n° 1à 4 op. 64 ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto n°1 pour piano et orchestre en fa dièse mineur op. 1 ; Carl Nielsen (1865-1931) : Symphonie n°2 « les Quatre Tempéraments ». Jonathan Gilad, piano ; Orchestre Philharmonique de Marseille, direction : Tamas Vetö.

Gilad ou l’étoffe d’un Grand

La dernière apparition à Marseille de remontait à début 2005 avec un concert promo au forum de la Fnac. Un lieu confidentiel pourtant devenu le passage obligé pour tout musicien classique qui n’a pas décroché de contrat avec une major. C’est finalement dans une salle digne de son talent, l’Auditorium du Pharo, que le pianiste marseillais a fait son retour en terre phocéenne. Sa prestation de haute voltige a véritablement éclipsé celle du Philharmonique de Marseille, pourtant très à l’aise dans le répertoire choisi. Précisons que depuis bientôt dix ans, la carrière de l’amène à se produire sur les plus grandes scènes internationales et qu’après des études à Polytechnique, il est désormais ingénieur des Ponts et Chaussées. On ne peut qu’être admiratif devant tant d’excellence…

En hors-d’œuvre de ce concert, les Danses symphoniques de Grieg, riches en couleurs et en poésie, portées par des bois limpides et des cordes transparentes. Une promenade bucolique à travers les montagnes norvégiennes qui revisite le folklore populaire scandinave. Nul doute qu’il y avait de la nervosité côté soliste si on en juge par les toutes premières mesures du Concerto n°1 de Rachmaninov, avec une entrée du piano quelque peu crispée. Une impression vite balayée qui laisse la place à une vision passionnée et incisive, trouvant l’équilibre entre romantisme exacerbé et réminiscence nostalgique. Sa dextérité technique est au service d’une intelligence rare de jeu et n’oublie pas un travail permanent du son. Son approche de la partition n’en est pas moins personnelle. Les attaques, parfois martelées avec puissance, traduisent avec justesse l’urgence du texte. De même, son toucher devient velouté et délié dans tel ou tel pianissimo poétique. Une maturité d’interprétation confirmée à travers la profondeur de discours de l’Andante Cantabile, jouée de manière pudique, ou certains passages du final empreints d’humour et de piquant. Avec un soin paternel, Tamas Vetö a assuré la direction avec générosité. Des qualités expressives indéniables côté pupitres, malgré de petites imperfections de cohésion avec le soliste, dont un infime décalage entre le piano et l’orchestre à l’arrivée du Vivace.

En bis, un Prélude n°5 op. 23 de Rachmaninov d’anthologie, joué avec fulgurance – un tempo effréné parfaitement maîtrisé – et des contre-chants inhabituels à la main gauche dans le passage central. Même volonté de se démarquer avec une Fantaisie-Impromptu de Chopin, ruisselante et très libre. Le rubato intelligent permettant la redécouverte de l’œuvre.

Pas de surprise particulière quant à la deuxième partie de soirée avec la Symphonie n°2 de surnommée « les Quatre Tempéraments ». Œuvre tout en contrastes du compositeur danois, elle est caractérisée par ses changements atmosphériques et sa tonalité impétueuse. Malgré la précision homogène des cordes et une direction minutieuse, cette symphonie reste d’une beauté hermétique et se perd en digressions fleuve.

Crédit photographique : © Konzertdirektion Hörtnagel

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.