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Frank Martin et Vaughan Williams à la Sorbonne : la paix des jeunes

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Paris, Sorbonne – Amphithéâtre Richelieu. 8-X-06. Frank Martin (1890-1974) : Messe à double chœur a capella. Ralph Vaughan Williams (1872-1957) : Dona nobis pacem. Jeanne Di Mascio, soprano ; Nicolas Bercet, baryton ; Sara Beucler, piano ; Vincent Tchernia, Pierre Dagois, percussions. Chœur de Paris-Sorbonne, direction : Denis Rouger.

Quand il s’agit d’appeler à la paix, la voix humaine est le médium le plus évident. Pourtant ce thème compte parmi les plus difficiles à traiter car la paix n’est pas phonogénique. La force de l’expression doit éviter autant l’exclamation conventionnelle que la fadeur de l’intonation. et son sont parvenus à être habités par le désir de paix, et à délivrer leur message avec une émotion sincère et juste.

La Messe pour double chœur (1922-1926) de est la première pièce maîtresse de ce compositeur suisse toujours largement méconnu – mais dont ceux qui ont eu la chance d’entendre sa musique fervente guettent avidement ses œuvres en concert. Cette messe était une œuvre intime, que Martin n’avait pas conçue pour une exécution publique : « Je la voyais comme une affaire entre Dieu et moi » raconta-t-il, et c’est peut-être à ce total désintéressement qu’on doit la hauteur d’expression de cette messe sans affectation ni vaine complexité. Dans l’amphithéâtre Richelieu, les deux chœurs se sont répartis en demi-cercle de part et d’autre du vaste tableau allégorique décorant le mur de scène, tandis que dirigeait du fond de la salle en haut du dernier gradin. Une disposition spectaculaire à 180° qui aurait plu à Berlioz, et qui renforçait la perception des jeux d’opposition et de complémentarité entre les chœurs.

Le très rare Da Nobis Pacem (1936) est une œuvre plus spectaculaire que la Messe, l’une comme l’autre étant bien révélatrice de la culture de leur auteur. A l’intériorité exigeante et a cappella de répond une conception plus théâtrale de Vaughan Williams, où les chœurs sont rehaussés d’instruments percussifs, xylophone, cloche, timbales et piano (c’est cette réduction qui est utilisée, la version originale prévoyant un orchestre). Pour le meilleur, l’émouvante troisième partie Reconciliation sur un poème de Walt Whitman où un combattant se recueille sur le cercueil ouvert où git son ennemi « homme divin comme moi-même ». Pour le très bon, quand les percussions se déchaînent dans la deuxième partie pour appeler à la guerre, également sur un poème de Whitman, ou le moins bon, dans une sorte d’ode à la joie finale malheureusement déclamatoire et conventionnelle. Le scepticisme et l’abattement qui transparaît dans l’Agnus dei conclusif de la Messe est autrement mieux ressenti et prophétique sur les événements historiques qui allaient suivre.

Le Chœur de Paris-Sorbonne est essentiellement composé de choristes étudiants en musicologie, ce qui lui confère la combinaison rare d’une grande fraîcheur associée à une démarche professionnelle. Denis Rouger, séduisant en diable, a ses choristes bien en main. Le baryton Nicolas Bercet – qui remplaçait Nicolas Lepolard, souffrant – a le velouté et le sérieux qui correspond bien aux poèmes de Walt Whitman. Le « Dona Nobis Pacem » invoqué par la voix frêle, comme suspendue dans les airs, de Jeanne Di Mascio avait de quoi attendrir les cœurs. Mention spéciale pour Vincent Tchernia et Pierre Dagois, très exposés aux percussions. Tous ensembles, ils nous donnent envie de croire à l’inscription qui surmonte l’amphithéâtre : « Pacem summa tenent » – les choses supérieures soutiennent la paix.

Crédit photographique : © Frédéric STEVENS SIPA/PRESS

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Paris, Sorbonne – Amphithéâtre Richelieu. 8-X-06. Frank Martin (1890-1974) : Messe à double chœur a capella. Ralph Vaughan Williams (1872-1957) : Dona nobis pacem. Jeanne Di Mascio, soprano ; Nicolas Bercet, baryton ; Sara Beucler, piano ; Vincent Tchernia, Pierre Dagois, percussions. Chœur de Paris-Sorbonne, direction : Denis Rouger.

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