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Le National et Leonidas Kavakos, enfin un Schumann réussi !

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-II-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture op. 115 ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur A23 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97  ; Leonidas Kavrakos, violon ; Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Ce concert était l’avant dernier du cycle Schumann que l’Orchestre National et son chef ont programmé entre le 8 et le 16 février de cette année. Le programme de ce soir reprenait presque celui que l’Orchestre de Paris a donné le 20 janvier sous la direction de Marek Janowski, la Symphonie « Rhénane » – que l’Orchestre de Paris a également jouée le 7 février sous la direction de Gilbert Varga – remplaçant la Symphonie n°4. Disons le tout de suite, la réussite du National avec l’emporte haut la main sur les résultats mitigés du voisin de la Salle Pleyel. Aussi bien dans les pages purement symphoniques que dans le difficile Concerto pour violon. En effet, les concerts de l’Orchestre de Paris nous avaient laissés sur notre faim en matière de style et d’ambiance comme d’intensité et de qualité sonore – la qualité acoustique de la salle ayant sans doute joué son rôle sur ce dernier point. Tout a changé ce soir, et dès le début il était évident qu’on allait entendre de la musique et non des musiciens en train d’essayer de s’en sortir avec les difficultés – bien réelles, ne les négligeons pas – des partitions symphoniques de .

Si le Manfred aurait pu être plus romantique avec des accents plus contrastés ou un rubato plus creusé, au moins le son plein, profond, dynamique et équilibré, jusque sur les timbales, fourni par l’orchestre, collait parfaitement à la musique de Schumann et faisait immédiatement plaisir à entendre. On était dans un vrai concert symphonique digne de ce nom !

Ensuite, très belle surprise avec un Concerto pour violon où il est facile de générer l’ennui, et qui, grâce à l’engagement de Leonidas Kavrakos, dès les premières mesures, a captivé l’attention d’un bout à l’autre. Rappelons que ce concerto date de 1853, mais n’a été créé que le 26-XI-1937 par Georg Kulenkampff, Hans Schmidt-Isserstedt et l’Orchestre Philharmonique de Berlin, personne, à commencer par Josef Joachim pour qui il avait été écrit, n’ayant eu envie de s’y essayer. Kavakos, qui joue le Stradivarius « Falmous » de 1692, a pris cette musique à bras le corps, y a mis tout son dynamisme, son allant et l’a jouée avec intensité. Les contrastes entre tension et détente étaient parfaitement palpables. Soutenu par un orchestre coloré et expressif, dirigé avec précision et rondeur par Kurt Masur, cette œuvre est devenue intéressante – on n’ira pas jusqu’à dire captivante, mais presque, bel exploit ! – et plaisante à écouter. Le public a réservé un beau et mérité triomphe au violoniste, dont le style et le son nous ont fait parfois penser à Gidon Kremer.

La Symphonie « Rhénane » a enfin trouvé son unité sous la direction de Kurt Masur. L’orchestre l’a jouée à pleins poumons, avec un son riche, coloré, expressif, et toujours en respectant la ligne musicale, sans jamais s’embrouiller, piège tendu un peu partout par Schumann. Les deux mouvements extrêmes étaient particulièrement réussis. On sentait fort bien les vagues du Rhin traverser l’orchestre, des cordes jusqu’aux cuivres, dans l’Allegro vivace (Lehbaft) initial. Le final Lehbaft lui faisait pendant, avec un dynamisme et une vivacité exemplaires, nous amenant d’un seul souffle enthousiaste jusqu’au climax final. Si on voulait chercher la petite bête, on dirait que les trois mouvements médians, au tempo un poil rapide, auraient pu respirer un peu plus, en particulier le Feierlich qui ainsi avait perdu son coté solennel évoquant la cathédrale de Cologne. Mais, ce soir ce n’était que détail à coté de la satisfaction d’entendre, enfin, cette musique jouée à ce niveau-là.

Alors bravo et merci au chef et à son orchestre de nous avoir régalés ainsi, et si tous les concerts symphoniques pouvaient être de ce niveau …

Crédit photographique : © Camerata Salzburg

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-II-2007. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture op. 115 ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur A23 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97  ; Leonidas Kavrakos, violon ; Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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