Lise de la Salle dans un nouvel enregistrement en demi-teinte

À emporter, CD, Musique symphonique

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto n°1 pour piano, trompette et cordes en ut mineur op. 35 ; Franz Liszt (1811-1886) Concerto n°1 pour piano et orchestre en mi bémol majeur s. 124 ; Serge Prokofiev (1891-1953) Concerto n°1 pour piano et orchestre en ré bémol majeur op. 10. Lise de la Salle, piano  ; Gabor Boldoczki, trompette  ; Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, direction : Lawrence Foster. 1 CD Naïve 2218605053. Enregistré à Lisbonne à la Fundação Calouste Gulbenkian en mai 2006. Notice de présentation en allemand et en anglais. Durée 59’26’’

 

Désormais très attendue à chacune de ses apparitions, que ce soit au disque ou au concert, s’attaque à la musique concertante avec les premiers concertos de Chostakovitch, Prokofiev et Liszt. Un disque ambitieux sans lien thématique qui soit à première vue évident. Il s’agit effectivement d’œuvres de jeunesse pour chacun des compositeurs mais on pénètre trois univers bien distincts dont chaque architecture diffère de manière intrinsèque.

Tout en laissant entrevoir de prometteuses possibilités, la rencontre entre la jeune soliste française et la fondation Gulbenkian emmenée par , ne nous séduit qu’à moitié en raison d’un choix de lecture fort discutable et sans réelle originalité. Faisant valoir une impressionnante technique et une jolie sensibilité, notamment dans le répertoire lisztien et dans chacun des mouvements lents, le jeu de est indéniablement musical et articulé. Pourtant, le discours apparaît ici prosaïque et manque de profondeur par rapport à certaines versions phares de la discographie « idéale ». Sans même parler des incontournables Richter, Brendel ou même Prokofiev, on pense au duo Abbado/ Kissin dans le Prokofiev, Martha Argerich avec le même chef dans Liszt et encore ce même Kissin avec Vladimir Spivakov dans Chostakovitch.

Côté orchestre, les approches sont maniérées et la texture est lisse à souhait pour un tel répertoire. Cela n’est pas dénué d’intérêt mais on passe parfois à côté du propos comme dans Chostakovitch. En effet, si l’aspect délirant et sarcastique est bien présent tout au long du concerto pour piano et trompette, la noirceur des cordes est à peine esquissée alors qu’on s’attendrait à un climat dérangeant, grinçant, sans parler du lento où ce ciel d’ordinaire « plombé » est tout juste plaintif. Pas assez d’intensité de part et d’autre et aucune fulgurance parodique côté soliste.

Dans le Prokofiev, la phalange portugaise opte pour un accompagnement transparent et une rondeur sensuelle de son au détriment d’une construction plus exacerbée et moins commerciale du point de vue des effets. On est même parfois proche d’une expressivité quasi « hollywoodienne »

Les interventions du piano sont fougueuses et spontanées dans l’intonation mais un supplément de corps et de jubilation nerveuse aurait apporté davantage de caractère. Le climax final est escamoté avec un équilibre trop uniforme entre les différents pupitres, de timides double forte et un crescendo presque anecdotique.

Cette approche clinquante et brillante convient davantage au concerto n°1 de dans lequel la pianiste use avec bonheur d’un toucher soyeux et d’un phrasé expressif. La prise de son, inégale, avantage malheureusement l’orchestre et fausse les plans sonores. Cette distanciation avec la soliste ne permet pas d’apprécier pleinement les passages joués pianissimo ni d’en saisir toutes les nuances. De même, on regrettera cette sorte de retenue dans les déferlantes attaques de l’Allegro marziale animato comme en témoignent les multiples respirations et autres ralentis précautionneux. Dans le Quasi adagio, c’est le tempo pris par l’orchestre qui se traine.

Au final, un disque au résultat mitigé qui n’est pas à la hauteur des objectifs de départ ni du niveau des différents protagonistes. Cette version là se situe d’ailleurs loin du dynamisme et de la fraîcheur qu’insuffle d’ordinaire la jeune pianiste lors de ses concerts.

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