La Scène, Opéra, Opéras

Soirée inégale

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Tourcoing. Théâtre municipal. 27-III-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, opéra en deux actes sur un livret de Pietro Metastasio, arrangé par Caterino Mazzola. Version de concert. Avec : Kobie Van Rensburg, Tito ; Nora Gubisch, Sesto ; Anne Marguerite Werster, Vitellia ; Delphine Gillot, Annio ; Marie Planinsek, Servilia ; Renaud Delaigue, Publio. Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Luc Terrieux), La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

La Clemenza di Tito

Après Don Giovanni en début de saison, l’Atelier Lyrique de Tourcoing continue son cycle Mozart, avec cette fois La Clemenza di Tito, pour une unique exécution en version de concert.

Le nez constamment plongé dans la partition, Kobie Van Rensburg est encore en phase de rodage, presque de déchiffrage. Son interprétation de Titus manque donc d’assurance et de liberté, et son chant, surtout au premier acte, n’a pas l’éclat et l’aisance dont il est capable. « Del piu sublime soglio » est instable, et d’intonation douteuse, et les aigus de « Ah, se fosse intorno al trono » sont timides, presque escamotés. Il est meilleur au deuxième acte, qu’il semble mieux connaître : plus autoritaire, plus assuré. Son air « Se all’Impero » est même assez enthousiasmant, stylé, précis et rayonnant, et montre qu’il sera un bon Titus lorsqu’il connaîtra sa partie.

Ce sont les deux rôles de travesti qui dominent la distribution, avec , qui fut déjà une splendide Donna Elvira il y a quelques mois, et qui est ici un Annio vibrant et sincère. La voix n’a pas un timbre très remarquable, mais ce qu’elle en fait est admirable : le chant est de haute tenue, superbement phrasé, la dynamique est magistralement contrôlée, et la diction est noble, incisive et éloquente. En Sesto, nous pouvons compter sur la versatile , qui ne fait qu’une bouchée du rôle, et réalise une prestation de toute beauté, mettant sa voix ample, à l’étoffe sombre et généreuse, au service d’une implication dramatique intense. Elle livre ainsi un « Parto » d’anthologie, émouvant, très maîtrisé d’un point de vue technique, auquel son timbre obscur apporte une nuance virile bienvenue.

Outre , qui en Publius n’a pas beaucoup l’occasion de se faire valoir, les autres membres du plateau sont plus oubliables. Marie Planinsek est encore bien jeune pour être une Servilia marquante, alors que Anne Marguerite Werster est une Vitellia très problématique. La voix est sans attrait, pauvre en couleurs, les aigus sont forcés et instables, la vocalisation plutôt rudimentaire, et elle est proprement catastrophique dans les airs et les récitatifs durant le premier acte. Elle se ressaisit en seconde partie, et délivre un « Non piu di fiori » qui n’est certes pas fantastique, mais au moins digne d’être entendu. Il est enfin à noter que tout le monde durant cette soirée se présente sur scène partition en main, comme pour un oratorio. Personne ne la suit aussi souvent que Kobie Van Rensburg, mais comme par hasard, celles qui n’y jettent qu’un regard de temps en temps sont et , les plus convaincantes du plateau.

dirige cette Clémence de façon rigoureuse et vivante, mais il est quelques fois un peu brusque, progressant par à coup, avec des changements de tempo trop contrastés. Alors que le est irréprochable, la Grande Ecurie et la Chambre du Roy est souvent prise de court par les brusqueries de son chef, et produit des sonorités âpres et discordantes. Là aussi, il semble que le manque de répétition se fasse sentir, et Lorenzo Coppola, le virtuose de la clarinette d’époque, engagé ce soir pour une énième Clemenza, semble un peu inhibé.

La soirée est donc inégale, mais intéressante, et rehaussée par les prestations superbes d’au moins deux chanteuses, ce qui n’est pas négligeable.

La saison tourquennoise se clôturera du 02 au 07 mai par Orphée et Eurydice de Gluck (Philippe Jaroussky, , Olga Pitarch).

Crédit photographique : © Philippe Grunchec

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Tourcoing. Théâtre municipal. 27-III-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : La Clemenza di Tito, opéra en deux actes sur un livret de Pietro Metastasio, arrangé par Caterino Mazzola. Version de concert. Avec : Kobie Van Rensburg, Tito ; Nora Gubisch, Sesto ; Anne Marguerite Werster, Vitellia ; Delphine Gillot, Annio ; Marie Planinsek, Servilia ; Renaud Delaigue, Publio. Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Luc Terrieux), La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire.

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