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Lohengrin, occasion manquée pour Nikolaus Lehnhoff

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Richard Wagner (1813-1883) : Lohhengrin. Mise en scène : Nikolaus Lehnhoff. Décors : Stephan Braunfels. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Duane Schuler. Avec : Klaus Florian Vogt, Lohengrin ; Solveig Kringelborn, Elsa ; Hans Peter König, Heinrich der Vogler ; Waltraud Meier, Ortrud ; Tom Fox, Telramund ; Roman Trekel, Héraut. EuropaChorAkademie Mainz, Chœur de l’Opéra national de Lyon, Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, direction : Kent Nagano. Réalisation : Thomas Grimm. 3 DVD OPUS ARTE OA0964D. Filmé au festival de Baden-Baden, juin 2006. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. Toutes Zones. 4h39’.

 

Nul ne saurait contester la légitimité wagnérienne de , qui fut l’assistant de Wieland Wagner au festival de Bayreuth, pas plus que son métier très sûr, qui a concouru par le passé à d’éclatantes réussites scéniques. Force est pourtant de constater que ce Lohengrin, coproduit par le festival de Baden-Baden, l’Opéra national de Lyon et la Scala de Milan, se révèle assez frustrant. Dans les décors monumentaux signés par Stephan Braunfels, architecte renommé de la pinacothèque d’Art moderne de Munich et petit-fils du compositeur de Die Vogel, Lehnhoff peine à imposer une vision novatrice et semble hésiter entre post-wielandisme de bon ton (dans l’inévitable hémicycle si caractéristique du nouveau Bayreuth) et démarquages maladroits (le duo inaugural du troisième acte avec un héros assez niaisement installé à son piano, mais aussi les costumes maladroitement actualisés). L’habileté du metteur en scène est indéniable, et l’acte central fonctionne même assez bien, avec le concours des éclairages de Duane Schuler. Pourtant, l’absence de vision et d’architecture d’ensemble, laissant des scènes entières tourner dans un vide statique, provoquent finalement un certain sentiment d’ennui que nous avions ressenti lors des représentations lyonnaises et qui se trouve amplifié par une captation abusant de gros plans.

Dans ces conditions, l’intérêt de la représentation repose sur les épaules de la distribution, et ici les résultats sont mitigés. Placée au centre d’une production qui a pour objectif affiché de souligner sa solitude, Elsa trouve en une interprète honorablement chantante, dans une blondeur wagnérienne assez générique, mais dont le jeu scolaire et les expressions convenues ne résistent pas à la caméra. Nouveau venu parmi les basses wagnériennes, Hans Peter König impose un instrument solide et homogène, quoiqu’un peu mat de timbre, et nous offre un Oiseleur placide mais de bonne facture. semble en revanche peiner dans une tessiture sans doute un peu trop basse pour lui. Les plus grandes satisfactions nous arrivent en définitive, comme c’est assez souvent du reste, du couple maléfique. , au sommet de sa beauté et de son art, surmonte le ridicule de son costume de Cruella au premier acte, pour lancer les imprécations d’Ortrud avec une santé et un impact exceptionnels. Parfaite actrice, elle nous fascine réellement à chaque plan. Malgré une sensible usure vocale, impressionne encore par la concentration de son jeu et par la noirceur naturelle de ses moyens.

Reste un sujet qui a partagé la presse : l’interprétation du rôle titre par . Nous sommes incontestablement séduits à son apparition par ce héros juvénile, personnage rendu surnaturel par un chant allégé, étréci jusqu’à l’extrême. Malheureusement, cette option, appliquée à toute la représentation, trouve rapidement ses limites et l’être surnaturel, confiné dans des poses statiques, prend rapidement des allures de benêt, dépourvu de consistance scénique. Surtout, au troisième acte, lorsque In fernem Land sollicite l’héroïsme du chevalier, l’interprète semble incapable d’enclencher la vitesse supérieure et nous laisse cruellement sur notre faim. A l’écoute de l’accueil triomphal réservé au ténor par le public festivalier, on peut penser qu’une certaine magie instantanée a fonctionné en juin dernier, mais elle n’a pas résisté à la captation.

A la tête de forces orchestrales et chorales de qualité, ne parvient pas, lui non plus, à imposer une réelle vision de l’ouvrage, plus inspiré par les passages chambristes et romantiques de la partition que par ses moments d’intensité, où sa lecture demeure molle et parfois brouillonne. De bons ingrédients ne suffisent pas à faire une grande recette…

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