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Jean-Frédéric Neuburger : forte impression

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Paris. Salle Cortot. 12-IV-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°21 en ut majeur « Waldstein » op. 53 ; Bruno Mantovani (1974) : Entre parenthèses ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate n°3 en fa mineur op. 5. Jean-Frédéric Neuburger, piano.

Décidément les jeunes musiciens nous apportent de belles satisfactions ces temps-ci car quelques jours après avoir entendu les frères Capuçon et le Gustav Mahler Jungendorchester, impressionnants dans Beethoven et Bruckner au Théâtre des Champs-Élysées, c’est au tour du pianiste Jean-Frederic Neuburger de nous impressionner Salle Cortot. Faisant suite dans la même salle à Nicolas Stavy et Henri Bonamy, cette fois sous les auspices du Festival d’Auvers-sur-Oise, mais toujours avec le même principe : se frotter au grand répertoire. Neuburger a choisi pour ce soir Beethoven et Brahms, avec une courte parenthèse contemporaine de .

Si nous avions beaucoup apprécié les concerts de ses deux confrères, nous avions relevé ici où là quelques « défauts de jeunesse » que l’expérience et la maturité devraient corriger, avouons que ce soir et avec un pianiste d’à peine 21 printemps, il nous a été bien difficile de trouver des défauts à ses interprétations. Certes on peut faire encore mieux, et sans doute le fera t-il lui même plus tard, mais tel quel, c’est déjà extrêmement impressionnant, surtout rapporté à l’age du pianiste. Tous les basiques étaient là : compréhension de la structure de chaque œuvre et de la progression dans chaque mouvement, tempi toujours justes et convaincants, phrasés naturels et évidents, rubato utilisé avec intelligence, dynamique du grand Yamaha maîtrisée dans toute son ampleur sans jamais saturer les fortissimo ni perdre l’expression dans les pianissimo, couleur sonore pleine, dense et toujours équilibrée entre les deux mains, sans creux dans les registres. Bref ce que l’on demande toujours aux interprètes sans toujours le trouver dans les interprétations ! Et qu’un jeune pianiste tout juste sorti de l’école (enfin il y a peu, avec le prix de piano au CNSM de Paris en 2003) et auréolé de prix internationaux (entre 2001 et 2005) nous a offert, oui offert ! puisque le concert était gratuit pour le public qui, du coup, a rempli les gradins de la salle Cortot.

On pourra toujours se demander si, étant donné l’age de l’interprète, ce que nous avons entendu doit plus à ses professeurs et leur enseignement qu’à la propre personnalité de l’artiste, mais il y a fort à parier, devant le naturel et la droiture de l’interprétation, qu’enseignements et personnalité étaient bien en phase et en tout cas n’ont pas produit un musicien tiraillé entre deux postures. Non, ces interprétations étaient manifestement très pensées, abouties et tous les problèmes posés travaillés jusqu’à donner la sensation de disparaître le soir du concert. La facilité avec laquelle il a attaqué la sonate « Waldstein » était de bon augure, tout de suite le ton était trouvé, et jamais il n’a semblé en difficulté. Ce n’est sans doute pas la plus difficile des sonates du grand Beethoven, ni musicalement ni techniquement, elle se situe quand même dans une bonne moyenne dans l’échelle de difficulté, assez courte en trois mouvements, avec un mouvement lent central Molto Adagio qui ne fait qu’une seule page au ton un peu étrange dans son Introduzione et sa fin, et un final Rondo très développé qu’il faut animer sans effet répétitif. Gageure parfaitement réussie tout du long. Plus tard, dans Brahms, c’est avec la même aisance et le même naturel qu’il trouvera le ton spécifiquement brahmsien pourtant sensiblement différent du Beethoven joué avant l’entracte. Outre les qualités déjà mentionnées, on a particulièrement apprécié ici sa faculté à faire sonner son piano dans les grandes envolées qui sont toujours restées à la fois claires et puissantes. Dans tous les cas, le ton était résolument sérieux et sobre, mais ça marche fort bien ainsi dans Brahms.

Un mot enfin sur Entre parenthèses de joué après la Waldstein juste avant l’entracte, pièce relativement courte, utilisant assez remarquablement les ressources sonores du piano, au moins tel que l’a jouée ce soir Neuburger. Loin d’être abstraite, cette musique était finalement assez sensuelle et les images et sensations venaient assez spontanément à l’esprit. Elle aurait d’ailleurs pu accompagner des séquences angoissantes ou étranges de films ; on pense à l’utilisation que Kubrick a pu faire de la musique de Ligeti dans The Shining ou Eyes Wide Shut, par exemple.

Le public enchanté par les sonates des deux « B » a acclamé notre jeune pianiste qui ne s’est pas fait prier pour exécuter pas moins de trois bis, une étude de Chopin et deux Chorals de Bach, le troisième grand « B » ne pouvant manquer à l’appel ce soir, à la grande joie de l’assistance. Un pianiste à suivre absolument !

Crédit photographique : © DR

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Paris. Salle Cortot. 12-IV-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°21 en ut majeur « Waldstein » op. 53 ; Bruno Mantovani (1974) : Entre parenthèses ; Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate n°3 en fa mineur op. 5. Jean-Frédéric Neuburger, piano.

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