Marin Faliero de Donizetti à Parme, leçon de chant dans la pénombre

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Gaetano Donizetti (1797-1848) Marin Faliero. Mise en scène : Daniele Abbado. Décors : Giovanni Carluccio. Costumes : Carla Teti. Lumières : Guido Levi. Avec Michele Pertusi, Marin Faliero ; Roberto Servile, Israele Bertucci ; Rockwell Blake, Fernando ; Mariella Devia, Elena ; Marco Spotti, Steno ; Cesare Dina, Leoni et une voix de gondolier ; Cristina Baggio, Irene. Chœur du théâtre Regio de Parme (chef de chœur : Martino Faggiani). Orchestre du théâtre Regio de Parme, direction : Ottavio Dantone. 1 DVD Hardy HCD 4025 enregistré à Parme le 5 janvier 2002. Zone 0. Sous-titrage en italien, anglais, français, espagnol, japonais. Durée : 159 min.

 

L’intrigue de Marin Faliero est curieuse. A Venise, Le doge Faliero et Israele Bertucci soutiennent la révolte que le peuple fomente contre le Conseil des Dix. A cette intrigue politique s’ajoute l’adultère de sa femme Elena avec le neveu de son mari, Fernando. Ce dernier est tué par Steno et c’est Faliero, aveugle sur leur relation, qui décide de venger la mort de son neveu. Sa femme, prise de remords, attendra le moment où son époux monte à l’échafaud pour lui avouer qu’elle l’a fait cocu ! Pris d’abord par la colère, le mari trompé finit par pardonner avant d’affronter le jugement céleste.

A dire vrai, pour suivre l’intrigue, il vaut mieux se fier aux sous-titres, qui ont le mérite d’être blancs. Car pour ce qui est de voir quelque chose dans cette production, le téléspectateur risque fort d’être déçu. A de rares exceptions près, la scène est constamment plongée dans la pénombre, quand ce n’est pas l’obscurité ! Certes les scènes nocturnes abondent, mais on a le sentiment que le théâtre n’a pu bénéficier des éclairages supplémentaires qu’on utilise quand on filme une représentation pour la télévision ou un DVD. On devine donc des décors parcimonieux, des costumes plutôt traditionnels, mais la patience du spectateur est mise à rude épreuve.

C’est d’autant plus dommage que l’auditeur, lui, entend une œuvre rare et un quatuor de chanteurs très intéressants. Donizetti n’a pas lésiné pour ses débuts parisiens : cette œuvre fut créée au Théâtre-Italien quelques semaines après I Puritani par les mêmes interprètes que pour le chef-d’œuvre de son concurrent Bellini. Les exigences vocales des quatre rôles principaux rendent ce genre d’œuvre difficile à distribuer. et , le premier par sa noblesse, le second par son engagement, se tirent avec les honneurs de leur partie. Pour les clés de sol, Rockwell Blake et délivrent une véritable leçon de bel canto. Certes ni l’un ni l’autre n’ont une voix très phonogénique ni le timbre qu’ils avaient il y a vingt ans, mais quelle musicalité et quel abattage! Sauts d’octave, traits, suraigus, trilles, longue phrase sur le souffle, Donizetti ne leur épargne rien, pour la plus grande joie des amateurs de beau chant.

Reste une direction plutôt enlevée, un orchestre et un chœur qui ne jouent pas en première division (la sonorité des cordes est parfois à la limite du supportable) mais qui ont le mérite de défendre avec conviction ce répertoire négligé. Si vous aimez le bel canto romantique, achetez ce DVD, mais fermez épais rideaux ou volets puis éteignez tout éclairage dans la pièce pour mieux discerner ce qui se trame dans l’ombre.

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