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Kurt Masur & Neuvième de Mahler, l’adieu à la vie

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 03-V-2007. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en ré majeur. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Après Das Lied von der Erde, symphonie qui n’ose pas dire son nom, devait bien s’attaquer au chiffre fatal de la symphonie au moment le plus gai de sa vie : démission forcée de l’Opéra de Vienne, décès de sa fille Putzi, décèlement de ses ennuis cardiaques, éloignement de sa femme Alma qui le trompe joyeusement avec l’architecte Walter Gropius. Si on a beaucoup glosé sur son état physique, le fait de traverser régulièrement l’Atlantique pour y donner plus de soixante prestations par an, dénote une vitalité hors normes pour un mourant. Cette symphonie, à l’instar de la Symphonie « Pathétique » de Tchaïkovski dont elle emprunte la découpe d’adagios entourant une partie dansante, est celle de « l’adieu à la vie ».

Le premier mouvement reste sans nul doute l’exercice le plus périlleux de début de concert pour un orchestre et son chef. De l’impalpable rythme de valse qui ouvre l’œuvre aux périlleux solos de cor, flûte ou alto, élaborés dans un méticuleux contrepoint, cet Andante con moto déstructuré qui préfigure la klangfarbenmelodie de la Seconde Ecole de Vienne donne du fil à retordre à et son orchestre qui peinent à trouver leurs marques. Réserve toute relative, eu égard aux prestations respectives de (cor), (flûte) et Sabine Toutain (alto). Les « danses centrales » (Im tempo eines gemächlichen Ländler et Rondo-Burleske), par leurs thématiques sardoniques et la haute virtuosité orchestrale exigée, exposent un National en grande forme. opte pour la sagesse en ne prenant pas de risques d’interprétation – le piège du vulgaire dans cette partition s’ouvre facilement – et ne force jamais le trait des effets ironiques voulus par Mahler.

C’est toutefois dans le vaste Adagio final que chef et orchestre donnent le meilleur d’eux-mêmes. Les longues secondes de silence qui ont suivi cet immense mouvement aux mélodies qui se désagrègent peu à peu, à l’orchestration de plus en plus parcellaire, sorte de résignation apaisée et sereine face au destin, suffisent à résumer le choc reçu par l’auditoire. La dédicace de ce concert à Mstislav Rostropovitch, entré dans l’éternité, n’était pas étrangère à ce climat de pathos. La performance étant diffusée en direct sur France-Musique, nous pouvons toujours espérer une édition sur disque voire une offre en streaming ou en téléchargement (légal !) que tarde encore à nous offrir notre radio nationale. Juste histoire de prolonger l’émotion…

Crédit photographique : DR

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Paris, Théâtre des Champs-Élysées. 03-V-2007. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en ré majeur. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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